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Rapport du comité d’experts sur les décès par suicide des agents de police

Septembre 2019


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Avant-propos
Sommaire
Partie 1 : Comprendre la tragédie commune dans tout décès par suicide
Partie 2 : Tirer des apprentissages des décès par suicide et des problèmes de santé mentale dans le contexte des services de police
Partie 3 : Sept parcours vers de meilleurs résultats
Partie 4 : Un héritage beaucoup plus large
Partie 5 : Nos recommandations des mesures à prendre
Annexe : Les membres du comité d’experts du coroner en chef


Avant-propos : Dans le respect de nos neuf agents disparus et de leurs survivants

Nous aimerions commencer par exprimer notre reconnaissance et notre respect envers les familles, les amis et les collègues des neuf policiers dont le décès par suicide prématuré au cours d’une seule année a déclenché notre comité d’examen. Nous savons qu’il n’était pas facile pour ces survivants de partager leur douleur ainsi que leurs observations généreuses et réfléchies sur un système qui était parfois solidaire, mais trop souvent imparfait et frustrant.

Nous voulons que ces survivants sachent que nous honorons leurs êtres chers pour l’ensemble de leur vie. Chacun de ces neuf individus était au service du public. Chacun d’entre eux s’était engagé à respecter des normes rigoureuses de professionnalisme. Chacun d’entre eux avait choisi d’exercer une carrière remplie de dangers, de stress, de traumatismes et de fatigue afin que nos communautés soient sécuritaires pour tous. Et chacun d’entre eux a également vécu, ri et profité de la compagnie affectueuse de sa famille, ses amis, ses voisins et ses collègues.

Nous avons dès le départ pris la décision, en tant que comité, de ne pas identifier les neuf policiers par leur nom ni de divulguer des détails à propos de leur vie et de leur décès. Les services de police représentent une communauté beaucoup trop intime pour que nous puissions le faire sans porter atteinte à la vie privée. Mais surtout, nous avons décidé d’orienter ce rapport vers le futur. Nous avons décidé d’honorer les neuf policiers en apprenant tout ce que nous pouvions au sujet de leur expérience, et nos résultats sont présentés comme des conclusions collectives recueillies des parcours individuels ainsi que communs de ces agents décédés. Nous espérons qu’en les joignant de la sorte, nous pourrons aider à façonner un héritage plus positif pour tous leurs frères et sœurs, présents et futurs, qui travaillent au sein du système policier en Ontario, et au-delà.

La mission qui nous a été donnée par le coroner en chef était claire à ce sujet : « Neufs agents sont morts par le suicide. Selon ces agents et leurs survivants, qu'aurions-nous pu faire différemment? »

Tout au long de nos discussions et par le biais du présent rapport, nous tenterons de notre mieux de répondre à cette question en leur nom.

Respectueusement,

Les membres du comité d’experts sur le décès par suicide des agents de police - coroner en chef de l’Ontario
Septembre 2019


Sommaire

Au cours de 2018, neuf décès par suicide sont survenus parmi des agents de police en service et à la retraite dans la province de l’Ontario. Ce nombre était considéré sans précédent*. Tôt dans la nouvelle année, le bureau du coroner en chef a mis en branle un processus d’examen par comité d’experts. Le comité de huit membres a commencé son travail en juin 2019. Les experts du comité ont compris que les recherches mondiales sur la prévention du suicide avaient démontré que tout décès particulier par le suicide est difficile à prédire et à prévenir, étant donné que les indicateurs de risque connus pour le suicide sont également présents chez bon nombre de personnes qui ne tentent jamais de se suicider. Malgré cela, il y a un certain nombre d’indicateurs de risque fondés sur des données probantes sur le suicide, qui, lorsqu’ils sont rassemblés, fournissent une liste de facteurs qui ont été décelés dans la plupart des cas de suicide réussi. Ces situations à risque peuvent donc être utilisées comme cibles potentielles à des fins d’intervention lorsqu’il s’agit d’un individu vulnérable, et, pour l’objectif du comité, ces situations à risque pourraient être utilisées comme méthode pour organiser et comprendre l’information recueillie à propos des neuf agents de police décédés. Ces indicateurs de risque et cibles potentielles à des fins d’intervention pour prévenir un suicide sont décrits dans la partie 1 de notre rapport.

Ces modèles de risques étaient clairement évidents dans la vie de chacun des neuf agents. Dans la partie 2, nous indiquons plusieurs caractéristiques uniques aux services de police qui pourraient faire courir un plus grand risque aux policiers, y compris la présence de problèmes de santé mentale, qu’ils soient légers, modérés ou graves. Étant donné la présence d’un trouble mental pouvant faire l’objet d’un diagnostic (souvent la dépression) chez plus de 90 % de ceux qui sont décédés par le suicide, le comité a interprété son mandat pour l’élargir au-delà de la prévention des décès par suicide et mettre l’accent sur l’amélioration de la santé mentale chez tous les policiers.

Dans la partie 3 de notre rapport, nous présentons sept parcours pour améliorer les résultats et en discutons. Le premier, et probablement le plus important, consiste à normaliser les problèmes de santé mentale. Nous demandons des mesures concrètes pour adopter une culture plus ouverte qui appuiera la visibilité précoce et continue des problèmes de santé mentale, offrira un accès amélioré et continu aux soins, aux traitements et au rétablissement, et mettra fin à la dissociation sociale qui isole et peut souvent transformer ces problèmes à l’extrême. De façon transversale, les six autres thèmes sont fondés sur d’autres aspects de cette culture afin de renforcer le soutien organisationnel et clinique, protéger le fort sentiment d’appartenance prisé énormément par les policiers, informer et impliquer de façon plus active les familles des policiers et les soutiens externes, et mieux unifier et harmoniser les efforts d’amélioration considérables qui sont déjà déployés dans l’ensemble des systèmes policiers et de santé mentale. Parallèlement à cette discussion, nous offrons également dans des encadrés un certain nombre d’observations particulières sur les forces et les faiblesses de l’écosystème des services de police et de la santé mentale actuel. Dans la partie 4, ces thèmes sont consolidés en un héritage plus large.

Notre comité souligne un total de 36 mesures et précisions, assemblées en 14 principales recommandations dans la partie 5 de ce rapport, dont la plupart incluent des rôles et responsabilités proposés, et dont l’ensemble reflète un thème continu de collaboration. La première de ces mesures est un appel pour créer l’Organisme de concertation des membres de la Police de l’Ontario en santé mentale (OCMPOSM) qui sera un organe permanent chargé d’amorcer, d’orienter et de surveiller un plan d’action urgent et détaillé en Ontario et d’en rendre compte.

Les membres du comité sont nommés en annexe, et nous sommes reconnaissants au Dr  Dirk Huyer pour le leadership dont il a fait preuve dans la création de ce comité d’experts et pour nous avoir invités à participer à ce travail important. Nous aimerions également remercier les membres du personnel du Bureau du coroner en chef pour leur encadrement précieux tout au long du processus.

* Une remarque au sujet du nombre : Présentement, rien n’oblige les coroners ou autres en Ontario à inscrire ou à surveiller les décès par suicide parmi les premiers répondants, y compris la police. Nous ne savons donc pas si ce nombre de suicides au cours d’une seule année était plus élevé que celui des années précédentes.

D’un point de vue statistique, il est beaucoup plus élevé que les taux signalés dans le grand public. Fait intéressant, il pourrait être le reflet de l’augmentation des problèmes de santé mentale dans l’ensemble du secteur des services de police.

Pour le comité, les services de police, les représentants des associations de policiers, les professionnels de la santé et, surtout, les familles éprouvées, il s’agit d’un nombre alarmant et inacceptable.


Partie 1 : Comprendre la tragédie commune dans tout décès par suicide

Notre comité se composait de huit membres sélectionnés par le coroner en chef de l’Ontario en fonction des compétences et des points de vue que chaque membre pouvait apporter à cet examen. Plusieurs membres étaient des professionnels en santé mentale ayant des connaissances spécialisées en suicide et en prévention du suicide, et possédant de l’expérience de travail auprès de policiers et d’autres premiers répondants. Les autres étaient des membres d’organismes policiers, actuels ou antérieurs, qui représentaient des niveaux de la direction, des spécialités civiles, ainsi que des agents de police de première ligne qui ont vécu l’expérience. Un des membres était un professionnel de la santé mentale possédant une vaste expérience de la collaboration avec un service policier à l’extérieur du Canada, lequel jouit d’une réputation d’excellence dans la promotion de la santé mentale et du bien-être de ses membres. Un des membres était un éducateur et un chercheur ayant un intérêt particulier dans la culture policière. La priorité immédiate du comité était de partager ses connaissances spécialisées et de trouver un cadre commun de référence afin de comprendre le suicide. À la suite d’une discussion sur la littérature et la tâche à accomplir, deux modèles bien documentés pour comprendre le suicide semblaient les mieux adaptés aux exigences de l’examen, soit le modèle de Mann modifié sur la prévention du suicide des Forces armées canadiennes (FAC), et l’écosystème des services policiers et de la santé mentale. Ces deux modèles sont abordés plus loin. Le comité a également obtenu la contribution de délégations externes. Nous avons consulté un large éventail de publications sur le sujet,  analysé d’autres modèles provenant de recherches médicales et sociologiques et consulté les notes et sujets prélevés d’entrevues souvent douloureuses avec des survivants.

Nous avons appris qu’il n’y a aucun prototype. Chaque suicide, qu’il soit réussi ou non, est aussi unique, de nombreuses façons, que la personne impliquée. Bien qu’il n’existe pas de modèle unique qui est suivi dans tous les cas de suicide, le comité a examiné les facteurs couramment étudiés et acceptés associés aux décès par suicide. Ces facteurs incluent la présence d’un problème de santé mentale, souvent une dépression, conjointement avec : un événement stressant ou une perte importante, qui peut être personnelle (la perte d’une relation importante par suite d’une séparation ou d’un divorce); des événements stressants ou accablants liés au travail, comme de la violence ou la perte d’un statut; ou un stress attribuable à d’autres facteurs (particulièrement ceux qui entraînent de l’embarras ou de la honte). Ces conditions et événements peuvent alors amener des personnes vulnérables à penser que le suicide est une « porte de sortie » ou une façon de résoudre leurs problèmes. Il y a ensuite un certain nombre de facteurs pour lesquels il a été démontré qu’ils augmentent les chances qu’une personne passe de la pensée à l’acte et se suicide. Ces facteurs incluent: l’impulsivité, où la personne agit rapidement et sans trop réfléchir, lorsqu’une méthode de suicide est accessible; ou la personne consomme de la drogue ou de l'alcool, ce qui peut réduire le contrôle de ses impulsions et entraîner des gestes impulsifs; le désespoir ou le pessimisme, où la personne ne croit plus qu'il peut y avoir des solutions ou des résultats positifs pour elle; la dysrégulation émotionnelle, où la personne a de la difficulté à contrôler ou à modérer ses sentiments et son comportement. Elle peut être fâchée, agressive ou encline à prendre des risques; l’accès à des moyens mortels, où la personne a une méthode mortelle à portée de la main, qui ne lui laisse aucune chance de réfléchir à ses gestes et qui tue rapidement; et la contagion ou l’imitation, où une personne vulnérable apprend le décès par suicide d'une personne qu'elle admire ou à qui elle s'identifie, et le suicide commence à ressembler à une « option raisonnable » au stress et aux problèmes auxquels la personne vulnérable est confrontée ( à titre d’exemple, mentionnons le phénomène des « suicides par imitation » lorsque le suicide d'une personnalité publique ou d'une célébrité est largement médiatisé).

Même si l’espoir et les possibilités d’une intervention demeureront toujours, une fois qu’une intention claire de mettre fin à ses jours est formulée, les options sont considérablement réduites pour prévenir cette mort. Beaucoup d’autres possibilités existent avant d’en arriver là pour empêcher que cette décision ne soit prise.

Nous avons reconnu une tendance très précise qui s’est avérée capitale pour nos discussions, une tendance qui était également très évidente dans la mort de nos neuf sujets. Nous avons observé qu’au moment où chacun de nos sujets avait formulé la ferme intention de mettre fin à ses jours, chacun avait cheminé sur une série de parcours et avait atteint la fin de chaque parcours. L’intersection de trois parcours particuliers s’est démarquée pour nous. Un des parcours est celui des problèmes graves de santé mentale, qui s’accompagnent souvent de troubles liés à la consommation d’une substance. Un autre est le parcours d’un accès réduit ou perdu vers des soins de qualité et en temps opportun, de services de traitement efficaces et d’une gamme de services de soutien essentiels. Et le dernier est le parcours d’un détachement émotionnel perçu ou réel avec la famille, les amis et l’organisation, souvent repoussé à l’extrême par un ou plusieurs événements déclencheurs, parfois au travail, et plus souvent dans la vie personnelle et familiale.

Nous sommes conscients que ces observations pourraient ne pas constituer des innovations dans la science médicale, mais nos propres discussions de cette tendance visible se sont avérées décisives dans l’orientation de notre examen. Nous savions que nous serions très limités si nous orientions nos efforts uniquement sur la « prévention des suicides » en soi. D’un autre côté, les images proposées par ces trois parcours critiques et leur convergence tragique ultime offrent des occasions beaucoup plus vastes de modifier les conditions. Nous savons que si ces conditions ne sont pas modifiées, elles continueront de mener des personnes vers ce point de désespoir ultime, et elles feront certainement vivre à beaucoup d’autres une détérioration de leur qualité de vie et de leur carrière. C’est sur ces objectifs en amont et ces occasions d’amélioration que nous avons choisi de mettre l’accent dans ce rapport.

Nous avons examiné la littérature disponible et les pratiques exemplaires en matière de prévention du suicide en vue de fonder notre propre travail sur des modèles crédibles. Nous avons remarqué que les Forces aériennes des États-Unis (USAF) ont mis en œuvre un programme détaillé de prévention du suicide afin de réduire les risques suicidaires. Le programme utilise 11 initiatives visant à renforcer le soutien social, favoriser le développement des compétences sociales et changer la culture pour encourager la recherche efficace d’aide[1] .  Nous avons également trouvé une utilité au modèle de prévention du suicide de Mann dans la communauté[2]. De plus, nous avons constaté que les adaptations du modèle faites par les FAC étaient plus appropriées.

De bien des façons, le modèle modifié de Mann[3] des FAC (Figure 1) reflète une plus grande variété d’occasions d’intervenir qui sont cohérentes avec nos observations des parcours, et qui s’harmonisent également étroitement avec la nature paramilitaire des services de police ainsi qu’avec leur culture organisationnelle.

Figure 1 : Modèle modifié de Mann des FAC sur la prévention du suicide

Figure 1 : Le modèle Mann modifié pour la prévention du suicide des Forces armées canadiennes se fonde sur le modèle Mann initial : « Vers un modèle clinique de comportement suicidaire ». Le modèle propose un modèle de diathèse de stress selon lequel le risque de gestes suicidaires est déterminé non seulement par une maladie psychiatrique (le facteur de stress), mais aussi par une tendance à souffrir d’un problème de santé (ou diathèse). Cette diathèse pourrait se refléter dans des tendances à avoir des pensées suicidaires et à être plus impulsif et donc, plus susceptible de donner suite à des sentiments suicidaires.


Dans nos recommandations (voir la partie 5 ci-dessous), nous demandons davantage de recherches et de développement qui pourraient mener à une version du modèle modifié de Mann des FAC adaptée aux services policiers afin d’élargir son application dans le domaine, tout en incorporant les facteurs et interrelations supplémentaires abordés dans le présent rapport.

Partie 2 : Tirer des apprentissages des décès par suicide et des problèmes de santé mentale dans le contexte des services de police

Notre mandat était d’examiner les décès par suicide, particulièrement parmi les agents de police. Il n’y a aucun doute que les connaissances générales et les sciences sociales sur le suicide s’appliquent autant à ce sous-ensemble qu’à la population générale. Les policiers sont tout d’abord des personnes, et comme tout le monde, leur vie est remplie des mêmes réussites, défis et complexités que celle de leurs homologues non policiers. Mais la formulation même de notre mandat laisse entendre qu’il pourrait y avoir quelque chose qui sort de l’ordinaire sur les parcours empruntés par nos neuf agents, et par d’autres agents de police et civils qui sont arrivés au même point tragique en dehors du cadre de notre étude. Notre comité a partagé les mêmes soupçons dès le départ, et nous comptions approfondir la question.

Tout d’abord, nous avons remarqué qu’il y a beaucoup de travail effectué dans tout le Canada pour mieux comprendre, grâce à la recherche, les problèmes de santé mentale et de bien-être auxquels font face les agents de police ainsi que la communauté plus vaste des premiers répondants. Une priorité particulière a été accordée par le gouvernement fédéral à la compréhension et au traitement des besoins en santé mentale du personnel responsable de la sécurité publique au Canada grâce à un certain nombre d’efforts, y compris l’adoption de la Loi sur le cadre fédéral relatif à l’état de stress post-traumatique en 2018. Les FAC ont investi énormément dans la recherche et le développement afin de mieux combler les besoins en santé mentale des militaires actifs et des vétérans. Notre comité reconnaît le travail de l’Institut canadien de recherche et de traitement en sécurité publique, de l’Institut canadien de recherche sur la santé des militaires et des vétérans (ICRSMV), de leurs partenaires financiers et des innombrables autres personnes qui travaillent dans ce domaine, pour l’engagement dont ils ont fait preuve pour améliorer la situation des premiers répondants, y compris les policiers. Les discussions, conclusions et recommandations de notre comité sont opportunes et pertinentes dans la foulée des efforts généralement déployés à cet égard au Canada.

Nous avons également remarqué des percées importantes dans les domaines de la sensibilisation à la santé mentale et de la formation à la résilience dans l’ensemble des services de police de l’Ontario au cours des dernières années, ainsi qu’un nombre croissant de membres du personnel et de psychologues-conseils intégrés dans les rangs pour accroître l’accès au soutien professionnel et à l’encadrement organisationnel. En 2017, l’Association canadienne des chefs de police (ACCP) a mis sur pied un sous-comité de psychologues, relevant de son comité permanent des ressources humaines et de l’apprentissage, dans le but, entre autres, d’atteindre une meilleure harmonisation et de créer un réseau de pratiques exemplaires.

La Police provinciale de l’Ontario a entrepris un examen de plusieurs volets sur la santé mentale et les suicides parmi ses membres, ainsi que de l’efficacité du soutien actuel en santé mentale disponible par le biais de ses partenariats avec ses principales unités de négociation collective, l’Ontario Provincial Police Association et l’OPP Commissioned Officers Association. Dans le cadre de ces études, elle a également demandé le soutien actif d’organismes de bienfaisance et à but non lucratif qui offrent un soutien par les pairs, une intervention précoce et des aiguillages en soins de santé, la plupart travaillant à titre de bénévoles. Les examens de la Police provinciale de l’Ontario ont une portée plus large que celle de notre examen, s’étendant sur une période plus longue d’expériences vécues et incluant des consultations approfondies auprès de policiers actifs et à la retraite. Nous étions privilégiés d’avoir la possibilité d’interagir avec les membres de leur équipe d’étude, leurs dirigeants et l’Ontario Provincial Police Association au cours de nos propres discussions, et d’examiner certains de leurs résultats ainsi que plusieurs solutions proposées et promises qui sont bien entamées.

Nous avons également reçu des délégations de la Toronto Police Association, de la Police Association of Ontario et de l’Association des chefs de police de l’Ontario, lesquels ont chacun présenté les mesures novatrices et encourageantes entreprises ainsi que les services élargis en place ou en développement. Nous avons également acquis un point de vue international sur les pratiques émergentes liées au bien-être des agents de police à partir d’une récente évaluation mondiale exécutée et résumée pour nous par une équipe de la firme Deloitte.

Toutes ces discussions ont mené à une image de plus en plus claire de l’écosystème des services de police et de la santé mentale (voir la figure 2), comme d’autres l’ont souligné dans leurs propres recherches. À notre avis, les problèmes de santé mentale et de bien-être en général, les réactions aux maladies modérées à graves et les décès par suicide doivent être situés et compris dans ce contexte si nous voulons modifier les conditions et réduire les risques pour tous les agents de police ainsi que le personnel civil.

Figure 2 : Un écosystème des services de police et de la santé mentale

Société en général: Prévention des problèmes de santé mentale - Intervention et soins en santé mentale - Postvention du suicide dans  Le sous-système des services de police

Nous remarquons qu’il y a une vaste infrastructure sociale et de la santé destinée à desservir le grand public à travers l’Ontario dans toutes les phases de la prévention, comme illustré à la figure 2. Et nous avons également découvert des initiatives continues pour renforcer ces soutiens, réduire les risques de suicide et améliorer les résultats en santé mentale pour tous, y compris les policiers. Nous encourageons les lecteurs intéressés à considérer tous ces efforts continus afin d’améliorer les résultats. Dans le cadre de notre propre rapport, inutile de dire que les niveaux d’engagement apparents envers ces problèmes au sein des services de police donnent de solides indications qu’il y a, en effet, des différences apparentes et urgentes sur les parcours empruntés par les agents de police et leurs collègues civils dans le domaine des services de police comparativement à la société en général.

Grâce à nos propres analyses et discussions, nous avons développé plusieurs observations sur des facteurs qui sont soit uniques, ou au moins particulièrement graves au sein de la culture policière. Nous soulignons ci-dessous les facteurs qui, selon nous, sont les plus saillants pour notre étude, et nous les soulevons selon leurs répercussions réelles ou potentielles sur le bien-être mental des membres du service de police en Ontario.

La stigmatisation et l’autostigmatisation relatives aux problèmes de santé mentale

Nous entendons souvent parler de la stigmatisation comme principal facteur dans la façon dont la société réagit face aux personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, et nous saluons les efforts comme l’initiative de Bell Cause pour la cause, et les programmes de rayonnement contre la stigmatisation de l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM), du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) et d’une foule d’organismes communautaires et d’organismes des secteurs public et privé. Les préjudices sociaux qui différencient la souffrance mentale de la souffrance physique ne font aucun bien à quiconque, et nous croyons que la situation serait considérablement améliorée pour tous si cette fausse distinction pouvait être éliminée.

Le point de départ du policier normal pourrait donc être identique à celui d’autres personnes. Du moins jusqu’à ce qu’il entre à l’école de police, travaille dans les rues ou commence à travailler au centre de communication. Dans la plupart des services de police en Ontario, les estimations indiquent que jusqu’à 40 % des appels pour un service lié à des incidents impliquent des personnes ayant des problèmes de santé mentale. Que le service de police soit la réponse appropriée ou non dans la plupart de ces situations est un sujet largement débattu qui sort du cadre de notre étude. Mais le fait demeure qu’au cours de ses premières années de service, un agent de police, un préposé aux communications ou tout autre spécialiste se rendra compte que les personnes ayant un problème de santé mentale sont celles qui génèrent le plus d’appels, et que dans le cas des agents patrouilleurs, ces personnes pourraient souvent figurer parmi  leurs principales rencontres avec le public. Malheureusement, si les policiers sont appelés, ils pourraient également rencontrer de telles personnes aux pires moments et souvent à la période la plus critique de leur état. Et dans des cas extrêmes, ces rencontres pourraient impliquer de la violence et une menace directe à la sécurité du public et à celle des premiers répondants. Il est également bon de noter que ce sont les agents de police qui doivent intervenir lors de pratiquement tous les suicides qui se produisent au sein du grand public.

Des policiers nous ont confiés directement, et nous l’avons constaté dans d’autres études consultées, que malgré leur haut degré de compassion, de formation et de professionnalisme sur les lieux, qui est la norme de ces quelques milliers d’appels de service, la plupart des policiers en viennent à considérer toute personne ayant des problèmes de santé mentale comme une personne qu’ils ne voudraient jamais devenir. Ils nous ont également confié qu’ils deviennent souvent désillusionnés au sujet de l’efficacité des soins en santé mentale lorsqu’ils transportent à l’hôpital des gens souffrant de graves maladies mentales seulement pour constater qu’ils en ressortent très tôt après leur admission avec très peu de changement dans leur état ou leurs circonstances, sinon aucun.

La bouée de sauvetage de l’identité policière

Les agents de police assermentés en Ontario et dans tout le Canada se voient confier d’énormes responsabilités. Ils ont le pouvoir, dans certaines circonstances, de refuser la liberté d’une personne par une arrestation et une détention, d’entrer dans des domiciles privés et de consulter des appareils de communication avec une autorisation judiciaire, d’enquêter et d’interroger, de confisquer des véhicules et autres biens et, au besoin, d’appliquer des niveaux de force croissant pouvant aller jusqu’à prendre la vie d’une personne. Ils transportent diverses options de recours à la force sur leur ceinture de service et dans leur voiture de patrouille, et bien qu’ils aient l’obligation peu enviable de les utiliser lorsque c’est justifié, ils ont également les niveaux de responsabilité les plus exigeants à l’égard des autorisés officielles, des organismes de surveillance publique et du monde informel des médias grand public et des réseaux sociaux. Lorsque des situations de crise ou de violence surviennent, le public a tendance à s’en éloigner, alors que les agents de police ont le devoir de s’en rapprocher. Ils doivent y faire face de plein fouet, souvent lorsqu’il y a de gros risques pour eux-mêmes et leurs collègues sur les lieux, collègues sur qui ils doivent compter pour demeurer en sécurité afin que personne d’autre ne soit blessé.

Les agents de police représentent 0,18 % du public canadien (un nombre semblable en Ontario). Inversement, 99,82 % des Canadiens ne possèdent pas ces mêmes pouvoirs et responsabilités. La majorité des policiers vous diront que leur carrière n’est pas seulement un travail, mais une vocation, et cet élément qui les distingue de presque tous les autres Canadiens ne leur échappe pas. C’est une grande source de fierté, qui apporte ses propres fardeaux et des facteurs de stress quotidiens que la plupart d’entre nous ne peuvent imaginer.

Dans tout métier, lorsqu’un collègue commence à signaler ou à présenter des symptômes bénins d’une maladie mentale, comme une dépression, un trouble anxieux ou même une consommation modérée de substances, ses collègues pourraient être alarmés, pourraient déceler un déséquilibre dans la charge de travail et la répartir, et pourraient même être troublés périodiquement par un comportement qu’ils trouvent étrange. Il est peu probable que les collègues se sentent menacés par le problème personnel de cette personne sauf dans des cas rares et extrêmes.

Dans la force policière, si un membre signale ou présente de faibles problèmes de santé mentale, ce « comportement étrange » peut en venir à signifier un danger de vie ou de mort, du moins pour certains collègues ou même pour le policier. Cela pourrait être interprété, ou simplement appréhendé, comme une menace directe au policier et à tout collègue qui pourrait être appelé à compter sur ce policier en tout temps lors d’un quart de travail. Bien que ces situations extrêmes ne soient pas fréquentes en réalité, elles sont imprévisibles par leur nature, et la marge d’erreur est très petite lorsqu’elles se produisent. Apparemment, et selon les propres révélations des membres, cela n’échappe jamais à l’agent de police normal.

Lorsqu’elle est combinée à l’autostigmatisation décrite ci-dessus, cette peur d’être la personne qui laissera tomber l’équipe pourrait être même plus élevée chez l’agent ayant des problèmes de santé mentale, que ceux-ci soient faibles ou modérés, que chez ses collègues. Les agents sont formés pour avoir l’esprit d’équipe, et en vérité, ils se soutiendront typiquement les uns les autres. Mais ce n’est peut-être pas ce qui se passe dans la tête de la personne affligée. En raison de la formation et du conditionnement qu’ils reçoivent dès le départ, ainsi que de la culture policière continue en milieu de travail, de nombreux agents signalent qu’ils en viennent à adopter une attitude plutôt binaire à l’égard de telles choses : on est apte à travailler ou on ne l’est pas. Ainsi, toute perte ou limite de ses capacités à exécuter l’ensemble de ses tâches peut entraîner, dans l’esprit de la personne, une perte de son identité en tant qu’agent de police.

Il est intéressant de noter que la situation n’est habituellement pas la même, ou du moins n’est pas vécue de la même façon, si la déficience découle d’une blessure ou d’une maladie physique. Les blessures ne sont pas rares dans le travail d’un policier, même dans ses loisirs. Les maladies peuvent toucher toutes les personnes d’une façon relativement neutre. Les policiers peuvent être très solidaires, et lorsque les maladies ou les blessures sont graves, ils peuvent souvent témoigner énormément d’appui envers leurs collègues malades ou blessés.

Mais, probablement en raison de la stigmatisation et de l’autostigmatisation qu’ils partagent, lorsque la déficience est due à une blessure psychologique ou découle des mêmes problèmes en santé mentale qui touchent 20 % de tous les Canadiens, le terme dur et regrettable souvent utilisé dans la profession policière est qu’ils sont des « jouets brisés ». En d’autres mots, vous n’êtes plus apte à travailler. Et, comme nous nous en souvenons tous de notre enfance, une fois brisés la plupart des jouets ne peuvent pas être réparés.

Devant cette réalité dure et souvent binaire, un grand nombre de policiers nieront et masqueront la présence de problèmes de santé mentale aussi longtemps qu’ils le pourront. La littérature suggère qu’ils pourraient se tourner, en nombre plus élevé que la moyenne, vers la consommation d’alcool et d’autres drogues, ainsi que vers d’autres activités d’automédication souvent néfastes, afin d’atténuer les symptômes et de cacher leurs problèmes sous-jacents à toute exposition et tout traitement. Malgré des investissements considérables des services de police dans leurs services des ressources humaines, dans les programmes d’aide aux employés et à leur famille ainsi que dans de nombreuses autres options de soutien, bon nombre éviteront ces portes d’accès par crainte d’être exposés.

Bien souvent, une fois que leur problème les force à demander de l’aide de leur propre chef, ou qu’ils sont démasqués par les autres ou à la suite de conséquences qui ne leur laissent plus le choix de demander de l’aide, ils auront déjà cheminé bien profondément sur les trois parcours décrits plus haut. Ils pourraient se trouver à un point beaucoup plus critique dans leurs problèmes de santé mentale. Il pourrait y avoir moins d’options secondaires en prévention et en soins mises à leur disposition. De plus, à une fréquence surprenante, ils pourraient vivre un détachement à la suite de relations détériorées avec leur employeur, leurs collègues, leurs amis et leur famille en raison de leur maladie non traitée et/ou de leur dépendance malsaine à des substances intoxicantes.

Les coûts élevés des mesures d’adaptation

Dans le meilleur des cas, les policiers qui détectent ou sont détectés tôt en lien avec un problème de santé mentale faible à modéré seront dirigés de façon rapide et efficace vers les services professionnels et l’encadrement dont ils ont besoin. Ajoutez à cela les coûts personnels élevés et les risques accrus qui découlent des mesures d’adaptation. Il s’agit d’un terme, et d’une situation, qui peut être pratiquement aussi chargé et stigmatisé que la maladie mentale elle-même dans la culture policière.

Si l’organisation vous offre des mesures d’adaptation, les réactions à cet égard pourraient grandement varier. Si vous êtes toujours en mesure de venir au travail et d’exécuter les tâches qui demeurent au cœur de la mission, vous êtes toujours au service de votre vocation. Même si des restrictions sont imposées sur votre présence, vos déplacements ou l’étendue de vos tâches, et que les autres savent que cela est attribuable à une blessure ou une maladie physique temporaire, voire permanente, vous pourriez toujours être considéré comme un membre dévoué et courageux, car vous servez toujours quand et où vous le pouvez.

Mais, cette notion semble changer si les raisons de la modification des tâches ou de l’absence prolongée du travail sont laissées aux hypothèses et aux rumeurs, comme c’est souvent le cas lorsqu’un membre décide de demeurer discret à propos de ses problèmes de santé mentale, ou à propos de la nature de ses traitements et de son cheminement vers le rétablissement. La stigmatisation et la mésinformation au sujet des soins et du rétablissement en santé mentale peuvent entraîner des suppositions dures, voire hostiles chez les pairs, les superviseurs et les gestionnaires selon lesquelles le comportement du membre est simplement une simulation de maladie, particulièrement s’il y a eu des problèmes antérieurs de rendement ou des conflits dans le milieu de travail. Tout ceci malgré les preuves que les vraies simulations sont en fait très rares. Et, pour citer un descripteur humiliant utilisé par certains, un agent est réduit à « compter les trombones » si une réaffectation n’a aucun lien avec ses tâches habituelles, peu importe s’il s’agit toujours d’un travail important et digne.

Une fois de plus, il est facile de voir à quelle vitesse et jusqu’où un agent bénéficiant de mesures d’adaptation pour des raisons de santé mentale dans les conditions actuelles peut aller sur ces trois parcours. Certains pourraient renier complètement leur propre problème, ou se refuser tout accès aux soins et aux traitements disponibles en raison de l’autostigmatisation et des perceptions culturelles. Même en recevant des soins, la motivation sera très forte d’éliminer les symptômes, d’exagérer son bien-être et, en cas d’absence ou de mesures d’adaptation, de pousser fort vers une réintégration complète, risquant ainsi d’accroître la gravité des problèmes de santé mentale sous-jacents. La tendance à éviter les services et le soutien disponibles est une tactique commune pour conserver ses tâches sans restriction. Si des problèmes de rendement ou des conflits avec les superviseurs commencent à faire surface, cela pourrait être sans avoir la chance de s’expliquer sincèrement. Et ces facteurs de stress supplémentaires ainsi que les déceptions continues au travail et à la maison vont souvent continuer à accroître les détachements actuels et émotifs avec la famille et les amis, tout particulièrement lorsque la consommation de substances augmente lorsque c’est un moyen utilisé pour faire face à la situation.

Les deux côtés de la médaille de la politique présumée du trouble de stress post-traumatique (TSPT) en Ontario

Une blessure de stress opérationnel (BSO) est un terme non médical qui se définit, en général, comme étant des « difficultés psychologiques persistantes résultant des tâches opérationnelles[4] » . Au sein de la catégorie élargie des blessures de stress opérationnel liées aux services de police, il y a un certain nombre de problèmes en santé mentale qui peuvent être décrits comme étant des blessures de stress post-traumatique (BSPT), y compris la dépression, la toxicomanie et, en particulier, le trouble de stress post-traumatique (TSPT) cliniquement diagnostiqué. Ayant comme résultat une acceptation accrue et une stigmatisation réduite, les traumatismes opérationnels deviennent rapidement l’exception à la règle comparés aux attitudes de la police face à la santé mentale en général. Il s’agit d’un développement positif en soi.

L’Assemblée législative de l’Ontario a adopté des lois présomptives en 2016, ce qui expédie l’accès aux prestations de la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail (WSIB) et, par défaut, l’accès aux soins pour les membres ayant été diagnostiqués par un psychiatre ou un psychologue. Il n’est plus requis d’établir un lien de causalité entre un événement traumatisant particulier et le problème. Il n’y a aucun doute que ces étapes ont permis à bien d’autres agents de police d’obtenir les soins dont ils avaient besoin, tout en réduisant également  le fardeau et le stress supplémentaire de justifier leur problème sur la base d’une seule expérience traumatisante.

Par contre, le comité a observé l’apparition de deux difficultés, peut-être des conséquences inattendues de cette politique progressive. La première est que la WSIB et les cliniciens doivent toujours se prononcer sur le profil général du traumatisme afin d’exercer un certain contrôle sur l’utilisation de ces prestations et services. Ainsi, alors qu’un événement déclencheur unique n’est plus requis, certains agents de police aux prises avec des symptômes d’un TSPT pourraient tenter de se justifier et, s’ils ne réussissent pas et que les prestations sont refusées, pourraient se soustraire aux soins requis en raison des coûts et d’une autostigmatisation maintenant aggravée.

La deuxième préoccupation est que bien que les suppositions ouvrent une voie vers des soins pour un TSPT, cela pourrait par inadvertance fermer d’autres voies vers des soins pour des problèmes de santé mentale plus généralisés, y compris une gamme plus large de blessures liées au stress professionnel. D’un côté, cela peut entraîner des diagnostics erronés et des surdiagnostics de TSPT, car c’est là où les prestations sont les plus accessibles et, de l’autre côté, cela peut laisser les personnes aux prises avec des problèmes comme la dépression, un trouble anxieux et un trouble lié à la consommation d’une substance sans accès semblable et/ou autojustification.

Il n’y a aucun doute que les traumatismes sont réels et présentent des dangers dans le travail des policiers, et les recherches récentes font la lumière sur la stigmatisation, tout en la réduisant, en se basant sur la nature authentique des BSO vécues par les militaires et les premiers répondants à tous les niveaux. Par contre, alors que le TSPT devient de plus en plus légitime comme maladie, notre comité reconnaît le risque potentiel de réduire l’angle sous lequel nous observons l’éventail complet des problèmes de santé mentale auxquels pourraient être confrontés les agents de police.

Les interactions déroutantes entre les facteurs de stress en milieu de travail et les événements de la vie des policiers

Il semble probable que toute personne dont le bien-être mental se détériore pourrait avoir de la difficulté à faire la distinction entre le rôle joué par les facteurs de stress de la vie au quotidien et ceux exercés pour gagner sa vie. Néanmoins, notre comité observe une interaction entre ces sources qui pourrait être encore plus complexe chez les policiers que chez les autres. Alors que nos neuf sujets avançaient sur ces trois parcours vers leur point de convergence tragique, la plupart d’entre eux s’étaient coupés de leur employeur et du soutien organisationnel et, en même temps, se coupaient également de leur famille, de leurs amis et de leur soutien social, sinon en termes réels, alors certainement jusqu’à un degré important de détachement émotif. Le danger inhérent à cette observation est qu’une personne pourrait être facilement tentée d’attribuer son problème à un traumatisme du travail et/ou à la dynamique du milieu de travail, et passer à côté des facteurs de stress correspondants qui proviennent de ses conflits interpersonnels, de  problèmes financiers et d’autres facteurs de stress de la vie au quotidien. Ou encore, étant donné que dans les cas examinés les événements déclencheurs les plus apparents provenaient de l’extérieur du travail, il serait tout aussi facile d’attribuer leur état de santé strictement à la vie quotidienne, et de mettre de côté le rôle joué par leurs expériences tout au long de leur carrière.

Ce qui rend ce dilemme important dans le contexte des services de police est l’interdépendance de l’identité policière décrite plut tôt. De nombreux policiers nous ont décrit les difficultés qu’ils ont pour arriver simplement à faire la distinction entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle. La différence entre être en service ou non pour un agent de police est purement une différence dans la paye et l’équipement, car en Ontario, une fois assermenté, un agent de police assume ses pouvoirs et responsabilités 24 heures sur 24. Étant donné qu’ils se voient au service de la société et répondant à une vocation, et qu’ils opèrent étroitement au sein d’une culture d’équipe qui est unique dans la société en raison de ses droits et responsabilités, leur identité tend à les suivre. Bon nombre ont décrit comment leurs enfants, leur conjoint et leurs êtres chers les voyaient comme des héros. Ainsi, décevoir leurs collègues au travail pourrait également être perçu, selon eux, comme décevoir ces autres personnes à l’extérieur du travail et ne plus être à la hauteur de cette identité importante pour tous.

Un engagement constant envers le devoir malgré les coûts personnels

Notre dernière observation sur les particularités du contexte des services de police exige un avis de non-responsabilité : ni une étude des options de déploiement de la police, ni une compréhension complète de l’économie des services de police ne faisaient partie de notre mandat. Nous avons constaté qu’à l’instar de tous les services publics, les budgets de la police doivent être gérés et il faut parfois restreindre les ressources.

Toutefois, il nous semble, en tant que comité, que les ressources policières en Ontario sont étirées jusqu’au point de rupture dans de nombreux endroits aux quatre coins de la province. Il s’ensuit que les répercussions sur la santé mentale pourraient se poursuivre et même croître en fréquence et en intensité si cette situation n’est pas abordée d’une manière ou d’une autre.

Ce manque de ressources pourrait être réel ou perçu. Il pourrait être attribuable à l’incapacité ou à la réticence à mettre en œuvre de nouveaux modèles et des pratiques repensées, comme certains pourraient le proposer. Il pourrait être attribuable à la réticence des autorités locales ainsi que des gouvernements provinciaux et fédéraux à répondre aux exigences budgétaires réelles, comme d’autres pourraient le soutenir. Il pourrait être, en partie, attribuable à un cercle vicieux où chaque nouvelle mesure d’adaptation d’un policier ayant des problèmes de santé mentale aggrave davantage les niveaux de dotation déjà réduits. Mais, alors que les décideurs débattent de ces arguments, les policiers s’épuisent, bon nombre deviennent malades et certains meurent.

Il est dans leur nature de continuer à venir travailler. Il est dans leur nature de se déployer et d’affronter le danger même s’il y a un manque de personnel. Il est également dans leur nature d’atténuer et d’étouffer leurs propres symptômes jusqu’à ce qu’il ne leur soit plus possible de le faire.


Partie 3 : Sept parcours vers de meilleurs résultats

Plus tôt, nous avons défini trois parcours convergents qui ont été empruntés par chacun de nos neuf sujets vers le point ultime de leur mort tragique par le suicide. Tout au long de nos discussions, nous avons également découvert sept nouveaux parcours qui, selon nous, mèneront vers de meilleurs résultats pour tous les policiers dans le futur.

Dans la partie 5 du présent rapport, nous énumérons un certain nombre de recommandations particulières et, le cas échéant, nous indiquons également les rôles potentiels liés à chacune de ces recommandations.

Dans la présente section de notre rapport, nous discuterons d’abord de ces parcours, car ils se sont présentés à nous comme des pistes d’action claires, comme des conjonctures favorables et comme de nouvelles façons de comprendre et d’aborder les défis décrits ci-dessus. Ces pistes sont de nature transversale, et bon nombre de nos recommandations particulières découlent de plusieurs de ces parcours vers le changement. Nous en discutons ici sans ordre particulier. De l’avis des membres du comité, chaque parcours jouera un rôle important dans tout plan d’action détaillé.

  1. Normaliser les problèmes de santé mentale​

Éliminer la stigmatisation de la santé mentale dans la société en général est un objectif important pour tous. Dans les services de police, il s’agit d’un objectif qui doit être reconnu et mis en œuvre comme une priorité urgente. L’objectif doit être de rendre la santé mentale un sujet aussi ordinaire que tout autre aspect de la santé, du bien-être et de l’aptitude à l’emploi. Pour être efficace, cette normalisation doit commencer avant le recrutement, se prolonger tout au long de la formation de base au sein des écoles et demeurer évidente lors de la formation à l’emploi menée par des formateurs policiers bien préparés. Elle doit se poursuivre tout au long de la carrière d’un policier, et doit s’étendre pour inclure les familles et les proches des membres du service de police à chaque étape.

Les membres de la famille peuvent jouer un rôle important dans la reconnaissance, la gestion et le soutien des problèmes de santé mentale à chaque étape de la prévention et du traitement, mais seulement s’ils sont inclus dans une conversation ouverte dès le départ et acquièrent continuellement des connaissances et une prise de conscience de ce qu’il faut surveiller, de la façon de réagir et, surtout, de la façon d’accéder directement et d’urgence à de l’aide sans obstacle ni retard de procédure.

Les attitudes actuelles au sujet des problèmes de santé mentale parmi les policiers en service à tous les niveaux représentent un danger manifeste et actuel. Peu importe si ces attitudes émanent de la société en général ou si elles ont été cultivées dans les rangs de la police à la suite de leur exposition prolongée aux crises liées à la santé mentale et aux suicides d’autrui auxquels ils doivent fréquemment répondre. La force policière en tant que système doit passer à un point où ses propres risques pour la santé mentale, ses problèmes de santé mentale faibles à modérés et ses problèmes graves de santé mentale sont reconnus rapidement et constamment pris en charge avec le soutien de soins accessibles et de services appropriés. Afin que ce soit possible, la santé mentale dans les services de police doit sortir de l’ombre.

Nous croyons que nous avons beaucoup à gagner en liant le bien-être mental au rendement optimal, un concept que la majorité des agents de police reconnaissent et apprécient. Cela exigera des conversations et des événements de formation qui vont bien au-delà de la « préparation mentale ». De tels événements doivent également inclure une plus grande sensibilisation et une compréhension des modèles secondaires et tertiaires disponibles en prévention et en soins. Ils doivent démontrer que même les soi-disant « jouets brisés » peuvent être réparés, et que le cheminement vers le rétablissement peut être entièrement appuyé – et le sera – sans une identité amoindrie et sans une marginalisation de la mission fondamentale des services de police.

Un modèle qui peut aider à normaliser les problèmes de santé mentale, et qui vaut la peine d’être pris en considération et même adapté pour les policiers, est le Modèle du bien-être (Source : ministère des Anciens Combattants. Référence à venir) élaboré par le ministère des Anciens Combattants et maintenant utilisé pour orienter ses programmes et décisions en matière de politiques. Notamment, les dimensions incluses dans ce modèle tiennent compte de la personne tout entière dans le contexte de son environnement en entier, plutôt que de prendre une approche restrictive clinique liée à la maladie.

Nous envisageons la nécessité d’une vaste campagne à volets multiples pour réaliser cette transition. De bien des façons, elle est déjà en cours comme en témoigne notre propre examen ainsi que d’autres ayant lieu en parallèle, tout comme les initiatives prometteuses entreprises par les services de police de l’Ontario et leurs diverses associations. Mais, de notre point de vue, elle doit être accrue et amplifiée. L’ouverture, la sensibilisation et les comportements favorables envers les collègues aux prises avec des problèmes de santé mentale doivent devenir des compétences essentielles liées au rendement et au système de promotion à tous les niveaux. D’autres formes de reconnaissance devraient également être explorées.

On dit que les agents de police sont prêts à mourir les uns pour les autres. Ils doivent également être prêts à vivre les uns pour les autres et, du même coup, vivre pleinement pour leurs familles et leurs amis sans souffrir en silence.

  1. S’y retrouver lors de transitions​

Lorsqu’il s’agit de problèmes de santé mentale dans les services de police, le diable semble rôder dans les transitions. Nos études nous ont constamment révélé que les plus gros risques relativement à l’interruption des soins, au déni et à l’inhibition des symptômes, ainsi qu’à l’aggravation du stress, tendent à se produire le plus souvent lors de transitions cruciales dans l’état de déploiement d’un individu au sein de son milieu de travail. Les transitions cruciales pourraient inclure : les courtes périodes d’absence à répétition requises en raison de symptômes légers à modérés, qu’il y ait diagnostic ou non; lors de la divulgation initiale et de la demande en vue d’obtenir des prestations et des services psychologiques; lors d’une réaffectation à un rôle modifié en raison de problèmes ayant des répercussions sur la capacité à travailler; lors d’une réaffectation au service régulier; et les périodes de congé prolongé en raison de problèmes qui s’aggravent et/ou pour obtenir des soins et des traitements plus soutenus.

De toutes ces transitions, le retour au travail se démarque comme la phase la plus risquée. Les processus décisionnels complexes entourant un retour à des tâches modifiées ou une réintégration complète peuvent générer un stress important chez les individus, leurs familles, leurs collègues, leurs fournisseurs de soins et leurs administrateurs de prestations, y compris la WSIB. Parmi nos neuf sujets, le retour au travail est un facteur qui a fréquemment et fortement aggravé leur état de santé, déclenché des conflits ouverts avec leur organisation et leurs pairs, enclenché ou aggravé des problèmes de rendement et de normes professionnelles, et souvent entraîné des difficultés financières.

La fragmentation actuelle à laquelle les individus et les familles doivent faire face est un autre facteur qui aggrave ces facteurs de stress. Certains services et mesures de soutien peuvent être disponibles par l’entremise de l’employeur, alors que d’autres pourraient seulement être offerts par le biais de leur association de policiers. Les individus pourraient être dirigés vers certains services offerts par des fournisseurs de services de soutien par les pairs, des fournisseurs de prestations-maladie complémentaires, des fournisseurs du programme d’aide aux employés et à leur famille (PAEF) et des fournisseurs de soins cliniques. Certains de ces organismes pourraient également fournir le soutien d’intervenants-pivots. L’expérience démontre toutefois que ces services d’intervenants-pivots couvrent rarement l’éventail complet de conseils cliniques, d’aide en matière de procédures et de programmes éducatifs pour aider les individus et les familles touchés.

Tous les membres de tous les services de police devraient avoir facilement accès à une gamme complète de services de soutien d’intervenants-pivots, prenant appui sur des pratiques exemplaires uniformes, tout en demeurant flexibles face aux besoins de chaque individu, chaque famille et chaque service de police impliqués.

  1. Accès continu à des soins de qualité et à des traitements et solutions fondés sur des données probantes​

Selon nos sources qui ont vécu l’expérience, y compris la voix des survivants, le niveau de confiance parmi les policiers et leurs familles dans l’ensemble disparate actuel de fournisseurs de soins est, dans le meilleur des cas, modéré à faible. Nous avons entendu parler de professionnels ayant peu de connaissances, sinon aucune, des problèmes rencontrés par les policiers ou les premiers répondants, y compris le rôle joué par les traumatismes récurrents. Nous avons entendu parler d’autres professionnels qui avaient initialement établi de très bonnes relations avec leurs patients, seulement pour refuser par la suite de leur fournir des soins selon les barèmes d’honoraires établis. Et finalement, nous avons entendu parler de professionnels bien qualifiés et bien renseignés sur les services de police qui avaient établi de très bonnes relations et obtenu des résultats positifs avec leurs patients.

Étant donné l’état souvent fragile de tout policier qui accepte ses symptômes ou un diagnostic en santé mentale dans le cadre de la dynamique culturelle décrite plus tôt dans ce rapport, tout obstacle à l’accès peut être une raison de revenir à l’inhibition, au déni et au retrait des soins. Chez certains de nos neuf sujets, les dernières années et les derniers mois de leur vie étaient clairement ponctués d’arrêts et de démarrages dans leur cheminement de soins. En ce qui concerne d’autres personnes que nous avons entendues, leur description de leur propre cheminement de soins allait de la réussite à la futilité, en passant par la frustration.

À notre avis, il est impératif que l’accès aux soins de qualité devienne universel chez les policiers en Ontario. La qualité des options de soins doit être élargie pour inclure des cliniciens sensibilisés aux services de police et aux traumatismes, et l’utilisation de traitements et solutions fondés sur des données probantes. Nous croyons comprendre que certains organismes bénévoles et associations de policiers en Ontario ont commencé à dresser des listes de référence de professionnels dûment qualifiés et de réseaux de soutien. Ce travail devrait être accéléré et rendu largement accessible dès que possible.

  1. Ressourcement, mesures d’adaptation et épuisement professionnel​

Pour la majorité des services de police municipaux en Ontario, les commissions des services de police ont la responsabilité de maintenir des niveaux de dotation adéquats pour répondre à la demande en services de leur territoire. En ce qui concerne la Police provinciale de l’Ontario et les services de police des Premières Nations, cette responsabilité incombe aux gouvernements provinciaux et fédéraux. La plupart des processus d’élaboration d’un budget policier établissent un « effectif autorisé » de membres. Le modèle de l’effectif autorisé est basé sur le principe que tous les postes de policiers sont pourvus et que tous les membres sont au travail. Le modèle ne prend pas dûment en compte qu’il y a des postes vacants lorsque les chiffres visés en recrutement ne sont pas atteints, et également lorsque des membres sont absents du milieu de travail en congés médicaux ou bénéficient de mesures d’adaptation dans d’autres postes. Cet écart se traduit par une charge de travail supplémentaire chez ceux qui travaillent. Il incombe essentiellement aux policiers de combler le manque de personnel par une intensification de la charge de travail liée aux déploiements réguliers et souvent par un nombre accru d’heures supplémentaires.

Les répercussions de ce modèle sont que les personnes qui travaillent sont forcées d’évoluer dans un environnement où il y a un manque de personnel, ce qui peut mener bon nombre d’entre elles vers un épuisement professionnel. Certaines personnes pourraient également développer un sentiment de mépris envers celles qui sont en congé médical ou qui bénéficient de mesures d’adaptation dans d’autres postes. Et tout cela mène à une érosion accrue des problèmes d’identité rencontrés par les membres absents ou bénéficiant de mesures d’adaptation.

Dans le modèle actuel, les lacunes en personnel ont un effet dissuasif systémique permanent sur la divulgation des problèmes de santé mentale, créent un obstacle important chez ceux qui ont besoin d’obtenir et de maintenir de bons parcours de soins et entretiennent une fausse attente à l’égard de la capacité à travailler qui perpétue la stigmatisation et l’autostigmatisation entourant la santé mentale et les blessures liées au stress professionnel. La réalité des lacunes en personnel doit être confrontée.

Chaque service individuel de police continuera sans doute à faire face aux pressions financières et, au moins à court terme, la majorité des services pourraient ne pas pouvoir résoudre tout seuls leurs lacunes actuelles en personnel. Il faut veiller à agir de façon conjointe pour mettre en œuvre un système à l’échelle de la province afin de dépasser la dotation autorisée, ce qui permettra d’obtenir les ressources suffisantes pour pourvoir les postes lorsque les membres sont en arrêt de travail pour cause médicale ou lorsqu’ils ont besoin qu’on leur fournisse des mesures d’adaptation pour travailler loin de leur poste d’attache.

  1. Préserver l’identité : l’importance des accusations criminelles ou des plaintes portées contre des agents de police, et les réseaux sociaux​

Les transitions de retour au travail décrites ci-dessus représentent les phases à risque élevé les plus fréquentes chez les policiers ayant des problèmes de santé mentale. Mais les situations où les agents font face à des accusations et/ou sont humiliés en public par le biais des médias grands publics ou des réseaux sociaux pourraient être décrites comme étant les plus graves. Comme constaté lors de notre examen des décès par suicide, si ces situations de « transfert » ne sont pas gérées avec soin, elles peuvent clairement atteindre le niveau d’événement déclencheur ayant une répercussion équivalente à la perte d’une relation personnelle importante.

En reconnaissant le rôle important de l’identité policière auprès des membres grandement investis dans la culture policière, les services de police ont une responsabilité accrue de s’assurer que toute atteinte soudaine et extrême à cette identité est gérée avec soin et avec un soutien. Nous avons examiné des situations et des pratiques où des ententes spéciales de transfert sont en place et appliquées pour atténuer les conséquences négatives. Parmi nos neuf sujets, nous avons également examiné certaines situations où, que ce soit intentionnel ou non par le service, les membres ont vécu un abandon pur et simple. Nous avons examiné d’autres situations qui se situaient entre les deux.

Chaque service de police doit assumer la responsabilité de créer et d’appliquer des procédures de transfert qui s’assureront que peu importe la gravité de l’infraction ou du manquement d’un policier, ou si la portée des mesures disciplinaires envisagées est perçue comme un recul mineur ou des accusations criminelles mettant fin à la carrière, les services de soutien seront en place pour maintenir un lien avec le policier et sa famille, et pour assurer la continuité des soins professionnels qui pourraient être requis.

  1. Faire face aux événements impliquant un suicide​

Nous ne pouvons pas gérer, améliorer ou tirer des leçons des choses que nous ne connaissons pas. De notre point de vue, la nature unique et la position des services de police dans la société exigent que nous surveillions étroitement toutes les situations qui se terminent par un décès par suicide, et que nous en tirions des apprentissages, en vue d’une amélioration continue dans l’ensemble de l’écosystème des services de police et de la santé mentale.

Voici quelques mesures importantes visant à améliorer les résultats pour tous les policiers en Ontario : les coroners devraient tous avoir comme directive d’inscrire et de signaler les décès par suicide d’un premier répondant; une base de données devrait être créée pour permettre de saisir et d’analyser les données continuellement; et tout décès par suicide d’un policier devrait déclencher une étude sur le décès au sein du Bureau du coroner en chef.

Une grande partie de la discussion qui précède s’est concentrée sur les étapes de prévention et d’intervention en santé mentale. La postvention est également reconnue comme une pratique exemplaire dans la prévention du suicide, et, à partir de notre examen, il y a deux aspects qui méritent notre attention ainsi que des mesures prioritaires. L’un de ces aspects implique de prolonger le soutien aux personnes endeuillées, y compris des mesures directes pour prévenir les problèmes de santé mentale secondaires parmi les membres de la famille, les amis intimes et les collègues. L’autre aspect porte sur le besoin d’atténuer les risques d’un effet de contagion dans l’ensemble de la communauté policière.

En ce qui concerne le premier aspect, nous avons remarqué que chez les survivants des neuf sujets, un certain degré de soutien aux personnes endeuillées provenant de l’employeur des êtres chers, de leur association et de leurs collègues était évident dans la plupart des cas, mais l’exécution, la portée et la durée pourraient être le mieux décrites comme étant irrégulières. Lorsqu’elles sont bien planifiées et constituées, les pratiques en matière de postvention sont conçues pour atteindre un certain nombre d’objectifs à la suite d’un décès par suicide, tout particulièrement :

  • prévenir tout suicide chez les personnes qui sont plus à risque à la suite d’une exposition au suicide;
  • faciliter la guérison des personnes accablées par le chagrin et la détresse causés par une perte par le suicide;
  • atténuer d’autres répercussions négatives de l’exposition au suicide;
  • dans un contexte de services de police, trouver des moyens de commémorer de façon respectueuse la personne décédée.

Tous les services de police devraient préparer un plan de réponse d’ordre organisationnel offrant des services de postvention conçus pour aider les personnes endeuillées à gérer la crise immédiate causée par un décès par suicide, et à faire face aux conséquences à long terme.

En ce qui concerne la communauté plus vaste, la littérature présente certaines preuves d’un risque d’effets de contagion. En d’autres mots, et tout particulièrement parmi les personnes du même groupe de population qui pourraient déjà faire face à des problèmes de santé mentale, un ou plusieurs suicides dans un même groupe pourraient avoir un effet déclencheur. Les groupes de décès, comme ceux observés dans nos neuf cas au cours d’une seule année, avivent certainement les préoccupations à cet égard. Il est important de noter que la contagion ne doit pas nécessairement entraîner des suicides supplémentaires pour aviver notre inquiétude; la possibilité de provoquer ou d’aggraver les problèmes de santé mentale de tout policier ou groupe de membres nous préoccupe également.

La postvention est un élément essentiel de la prévention du suicide, et peut également faire partie d’une stratégie globale pour le bien-être mental en général. S’assurer que les activités en matière de postvention ont lieu à la suite du suicide d’un policier ne devrait pas être la responsabilité d’un seul groupe, d’un seul service de police ou d’une seule personne. Cela nécessitera l’engagement de toute la communauté, pour inclure également le rôle des médias qui devront rapporter de tels incidents avec soin.

  1. Propriété conjointe et action concertée​

Le modèle d’écosystème des services de police et de la santé mentale présenté plus tôt à la figure 2 illustre l’étendue des ressources et des capacités qui existent actuellement pour entraîner des résultats positifs sur la santé mentale des policiers, ainsi que la complexité et le risque de fragmentation qui existent présentement dans l’ensemble de ce système (voir l’encadré ci-dessus). Nous avons également noté plus tôt la gamme d’initiatives prometteuses et de considérations politiques qui sont en cours afin d’améliorer le niveau et la qualité des services à toutes les étapes de la prévention, de l’intervention et de la postvention. Nos discussions nous font craindre que, si elle demeurait inchangée, la fragmentation continue pourrait saper une grande partie de cette promesse.

Les services de police, en tant que système, doivent adopter la mentalité « sans fausse route » afin de s’assurer que tous les policiers et les familles aux prises avec des problèmes de santé mentale, dès qu’ils se présentent, ne se heurtent à aucun obstacle pour trouver, obtenir et payer les soins professionnels et les traitements dont ils ont besoin. Pour y arriver pleinement, les services de police doivent agir comme le système unifié qu’il est aux yeux de ses membres.

Nous reconnaissons que les récentes collaborations entre la Police provinciale de l’Ontario, ses associations et ses partenaires à but non lucratif sont un modèle prometteur, mais il y aura peu de changements si cette même approche doit être répétée dans l’ensemble des autres services de police qui desservent les communautés de l’Ontario. De même, nous avons été encouragés par les discussions concertées décrites par l’Association des chefs de police de l’Ontario et l’Association des policiers de l’Ontario (PAO), et par la Toronto Police Association avec son partenaire employeur du service de police de Toronto. Nous reconnaissons également que la santé mentale des policiers est devenue une question prioritaire à l’ordre du jour de l’Ontario Association of Police Service Boards, tout comme cela a été le cas au niveau national avec l’Association canadienne des chefs de police (ACCP) et l’Association canadienne de gouvernance de police (ACGP). Mais, de notre point de vue, il y a un risque croissant de perte d’efficacité et d’efficience découlant d’un ensemble disparate  d’initiatives multilatérales et bilatérales qui prend forme sans l’entière participation de toutes les parties de l’écosystème avançant dans la même direction.

En Ontario, nous croyons que le ministère du Solliciteur général, guidé par le présent rapport au coroner en chef de l’Ontario, est le mieux placé pour fournir le leadership essentiel et la mobilisation requise pour parvenir à une approche globale du système. Nous abordons cette possibilité directement comme la première de nos recommandations.

Observations du comité concernant les forces et les faiblesses actuelles de l’écosystème des services de police et de la santé mentale

Accès à des soins et traitements appropriés

Protection de la vie privée et crainte des répercussions sur la carrière

De nombreux parcours vers des soins et des prestations commencent par l’unité des ressources humaines du service de police du  membre. Bon nombre craignent de ternir leur réputation s’ils divulguent leurs problèmes de santé mentale auprès de collègues et de membres de la gestion organisationnelle.

Accès aux services de soutien sans rendez-vous

Certains organismes ont ajouté du personnel indépendant et des psychologues provenant de l’extérieur, et certains ont ouvert des emplacements à l’extérieur du bureau pour offrir des services de soutien sans rendez-vous et sans risque de divulgation. Peu de services de police offrent présentement cette option.

Accès limité dans les petits milieux urbains et ruraux, et dans les emplacements éloignés

Les services de police plus petits pourraient ne pas avoir assez de ressources pour offrir des options de soutien discrètes. Aussi, les communautés plus petites pourraient posséder des ressources cliniques limitées, ce qui nécessite des déplacements importants et potentiellement davantage d’absences du travail pour ceux à la recherche d’aide.

Limite des prestations

Certaines associations de membres (l’Association de la Police provinciale de l’Ontario et l’Association des policiers d’Ottawa) ont récemment négocié des ententes sans limite auprès de leurs fournisseurs d’avantages sociaux. Dans la plupart des services de police en Ontario, il y a des limites restrictives sur la durée des soins fournis dans le cadre des prestations et des régimes d’assurance actuels, et la quote-part à débourser varie de façon importante.

Le service des sinistres de la WSIB fait face à une pression constante pour réduire ou limiter les prises en charge, la durée et les coûts, et souvent des efforts importants sont requis chez les policiers et les familles pour justifier les soins, les traitements et les compensations pour s’absenter du travail. Un autre obstacle est l’exigence d’être examiné par les professionnels exclusivement approuvés par la WSIB. Le régime de paiement de la WSIB rembourse habituellement un taux nettement inférieur que celui du marché.

Disponibilité des cliniciens renseignés sur les traumatismes et les policiers

En recherchant des traitements, les policiers font face à la disponibilité limitée des praticiens étant familiers avec les exigences uniques du travail des policiers et le rôle des traumatismes dans les problèmes de santé mentale. Aucune source de référence fiable et universelle n’existe présentement, bien que certaines soient en développement.

Incohérence dans les modèles de soutien par les pairs

Des organismes de soutien par les pairs dirigés par des bénévoles afin de desservir les policiers et les premiers répondants sont apparus au cours des dernières années, et bon nombre voient la demande s’accroître pour leurs services. Présentement, les procédures de soutien par les pairs et les offres de services sont perçues comme étant incohérentes en ce qui a trait à leur portée, leur qualité et leur intégration avec les autres services en santé mentale.

Équilibre entre l’accessibilité et la qualité des traitements

Confrontés à des limites dans les prestations, ou par crainte d’être révélés auprès de leur employeur et de leurs collègues, les policiers et leur famille ont souvent de la difficulté à obtenir et à maintenir des soins abordables, souvent forcés de choisir entre des soins et des traitements de très grande qualité pour une très courte période, ou des soins douteux pour une plus longue période. Bon nombre se retirent simplement de ce défi et choisissent de ne pas poursuivre les soins.

Disponibilité des soins de soutien auprès des membres de la famille

Présentement, les membres de la famille sont souvent exclus des soins de leurs êtres chers aux prises avec des problèmes de santé mentale. Il semblerait que ce pourrait être en raison d’un manque d’information à propos des options disponibles, d’un manque de connaissances à propos de la santé mentale au sein des services de police, des inquiétudes réelles ou perçues au sujet de la protection de la vie privée, ou encore il pourrait s’agir d’un symptôme du comportement de détachement du policier.

Intervenants-pivots et défenseurs des patients

Lorsque les policiers se retrouvent en situation de crise, ils doivent souvent se frayer un chemin à travers des processus inconnus et complexes, ce qui peut être un obstacle aux soins, tout en ayant des effets néfastes sur leur bien-être, tout particulièrement chez ceux qui ont déjà des réticences à se dévoiler. Certains policiers et certaines familles pourraient également subir une pression financière en engageant des dépenses qui sont peut-être admissibles à un remboursement. Une gamme complète de services de soutien d’intervenants-pivots couvrira les enjeux cliniques, éducatifs et financiers.

Attitudes, comportements, connaissances et compétences à l’interne

Perceptions injustifiées d’une simulation de maladie

Malgré des investissements récents dans la sensibilisation à la santé mentale et la formation à la résilience, des soupçons et même des accusations pures et simples d’avoir recours à la simulation demeurent communs dans la culture policière. Il est démontré que les incidents de simulation sont rares et, dans la plupart des cas, le besoin d’obtenir des soins et des mesures d’adaptation est très réel.

Connaissances limitées des superviseurs et gestionnaires concernant les traitements et le rétablissement

Fait intéressant, de nombreux gestionnaires, superviseurs et collègues policiers perçoivent toujours les problèmes de santé mentale comme une incapacité permanente. Une sensibilisation à la nature véritable et aux taux de réussite des traitements et du rétablissement améliorerait grandement les transitions de retour au travail pour les membres ayant vécu un problème de santé mentale, tout en aidant à réduire la stigmatisation.

Créativité et sensibilité limitées lors d’une affectation à des tâches adaptées

L’attitude binaire « on est apte à travailler ou on ne l’est pas » décrite dans le présent rapport continue d’influencer les décisions en matière de tâches modifiées. Les policiers signalent les répercussions négatives sur leur dignité des suppositions involontaires à propos des limites de leur capacité à mener à bien leurs tâches et à demeurer liés à la mission fondamentale à laquelle ils s’identifient fortement.

Lignes directrices floues concernant la protection de la vie privée et les contacts lors des mesures d’adaptation

Les superviseurs, les gestionnaires et les pairs signalent ne pas savoir s’ils devraient maintenir un contact, ou comment, avec leurs collègues absents du travail en raison de problèmes de santé mentale. Cette situation est aggravée s’il y a également des enjeux concernant les normes professionnelles. Une plus grande transparence, des lignes directrices établies concernant le consentement et le développement de compétences sensibles aux traumatismes seraient très avantageux à cet égard.

Équilibre entre la pression de la charge de travail et un soutien compatissant

Lorsque des organisations policières entières sont mises à rude épreuve en raison de ressources déployables limitées, la pression exercée pour remettre les policiers en service actif l’emporte souvent sur la compassion envers l’individu, et réduit le soutien actif envers leurs soins et leurs mesures d’adaptation.


Partie 4 : Un héritage beaucoup plus large

Collectivement, ces sept parcours englobent une panoplie de possibilités d’apporter une solution globale à un problème très réel au sein des services de police, qui s’étend bien au-delà et bien avant tout incident particulier de décès par suicide.

Nous espérons que les dirigeants, les commissions et les fournisseurs de services en santé mentale des policiers et des associations tireront parti de ces possibilités et collaboreront sur les mesures particulières proposées ci-dessous. Nous croyons qu’une nouvelle culture policière peut voir le jour où le cycle complet de prévention, de reconnaissance, de divulgation pertinente, de soins et de traitement, de rétablissement et de réintégration peut se produire avec une plus grande ouverture, un plus grand succès et sans répercussion chez quiconque aux prises avec des problèmes de santé mentale, que ce soit en raison de facteurs de stress opérationnels ou organisationnels, ou de toute autre cause à l’intérieur ou à l’extérieur du milieu de travail.

Et, nous espérons que chaque policier, assermenté et civil, fera preuve du même courage que celui dont il fait preuve chaque jour au service d’autrui, afin d’adopter cette nouvelle culture plus ouverte et de s’y épanouir. Nous espérons que les membres actuels et futurs demeureront visibles afin que les autres puissent les aider, et qu’ils demeureront entièrement en contact avec leur famille et leurs amis ainsi qu’avec la vocation qu’ils ont choisie. Nous savons qu’il s’agit d’une vocation qu’ils ont à cœur, pour la vie.

Finalement, nous espérons que la discussion précédente et les 14 recommandations particulières qui suivent inspireront l’action détaillée et concertée pour la santé mentale des policiers qui est requise d’urgence en Ontario.


Partie 5 : Nos recommandations des mesures à prendre

  1. La Division des services de police du ministère du Solliciteur général (DSP-MSG) dirigera la création de l’organisme de concertation des membres de la Police de l’Ontario en santé mentale (OCMPOSM); il s’agit d’un organe permanent tenu de rendre compte au sous-solliciteur général, qui se réunira trimestriellement de façon continue et fonctionnera selon le mandat initial suivant :
    1. L’OCMPOSM se composera de représentants bénévoles qualifiés provenant de commissions des services de police, de dirigeants des services de police, d’associations de policiers, de superviseurs policiers (assermentés et civils), de policiers ayant vécu l’expérience, des membres de la famille des policiers ayant vécu l’expérience, de psychologues d’un service de police et d’autres fournisseurs de services en santé mentale ayant des connaissances spécialisées des services de police, de chercheurs, de groupes de soutien par les pairs, ainsi que d’assureurs et de fournisseurs de prestations;
    2. L’ OCMPOSM sera coprésidé par un représentant des dirigeants de la police et un dirigeant d’une association de policiers;
    3. L’ OCMPOSM sera appelé à jouer un rôle d’orientation et de coordination afin de cerner et de combler les lacunes, d’éliminer les chevauchements et les anomalies dans le but d’améliorer l’efficacité, l’efficience et l’accessibilité universelle des services de soutien en santé mentale pour les membres des services de police dans l’ensemble de la province;
    4. L’OCMPOSM créera et diffusera des outils et indicateurs d’évaluation appropriés, établira les délais de mise en œuvre, produira des rapports semestriels sur les progrès des recommandations du présent rapport et d’autres sources, et exécutera d’autres initiatives comme déterminées par les membres de l’OCMPOSM;
    5. L’OCMPOSM élaborera un programme sur des sujets de recherche prioritaires pour les services de police en Ontario, y compris encourager l’élaboration d’un modèle de Mann modifié des FAC sur la prévention du suicide comme illustré à la figure 1 du présent rapport en fonction de l’interprétation particulière de la police, en incorporant tout facteur supplémentaire et toute interconnexion abordés dans le présent rapport;
    6. Le ministère du Solliciteur général fournira un soutien administratif et un financement de base suffisant pour appuyer les réunions de l’OCMPOSM;
    7. Les projets de l’OCMPOSM seront dotés de personnel et de ressources grâce à des contributions en nature des membres participants;
    8. Tout autre mandat déterminé par la DSP-MSG et les parties prenantes participantes de l’OCMPOSM.
  1. L’OCMPOSM, une fois instauré, dirigera la création d’un sous-comité des communications (OCMPOSM-Communications) voué à concevoir et entreprendre une vaste campagne continue visant à normaliser les problèmes de santé mentale, réduire les comportements et les suppositions liés à la stigmatisation, parvenir à une identité plus saine et à un équilibre entre la vie et le travail, et sensibiliser à propos des services de soutien, des traitements et de l’évolution du rétablissement dans tous les services de police, les écoles de police et les unités de programme liées à la police au sein des collèges et universités communautaires de l’Ontario.
    1. OCMPOSM-Communications sera doté de personnel à temps partiel par les services de police de l’Ontario grâce à des contributions en nature, et appuyé par la DSP-MSG avec un financement supplémentaire selon les projets, au besoin;
    2. La campagne de normalisation sera disponible à l’échelle de la province d’ici le 31 décembre 2020.
  1. L’OCMPOSM, une fois instauré, dirigera la création d’un sous-comité d’application des connaissances (OCMPOSM-Éducation) voué à consulter, interpréter, adapter et diffuser les pratiques exemplaires relatives aux ressources en matière d’éducation et de formation en santé mentale et de prévention du suicide à tous les utilisateurs finaux identifiés (y compris les policiers, les dirigeants, les familles, les pairs aidants, les cliniciens et le grand public ) à partir des sources disponibles, y compris les universités, les organismes gouvernementaux et non gouvernementaux comme l’Institut canadien de recherche et de traitement en sécurité publique, l’Institut canadien de recherche sur la santé des militaires et des vétérans, le Secrétariat ESPT de l’Agence de la santé publique du Canada, le ministère des Anciens Combattants, le ministère de la Défense nationale et autres organisations professionnelles et groupes de parties intéressées de la police.
    1. Le sous-comité d’application des connaissances sera bien développé et le matériel sera distribué à l’échelle de la province d’ici le 31 décembre 2020. Il y aura également des dispositions pour mesurer l’application et la rétention des nouvelles connaissances auprès des utilisateurs finaux, ainsi que pour améliorer continuellement et mettre à jour le matériel, au besoin.
  1. L’OCMPOSM collaborera avec les services de police de l’Ontario, les organismes de soutien par les pairs, les assureurs et les fournisseurs de services cliniques afin d’établir des lignes directrices claires concernant les compétences et les normes requises pour fournir des soins cliniques et des services de soutien par les pairs aux policiers.
  1. L’OCMPOSM produira, d’ici le 1er janvier 2021, une source de référence unique, consolidée et en évolution qui soulignera la disponibilité des fournisseurs de soins suffisamment qualifiés ainsi que les options de traitement dans toutes les régions de la province.
  1. L’OCMPOSM travaillera avec tous les partenaires pour faire progresser une politique « sans fausse route » dans l’ensemble de la province, et ce, dans le but de réduire les obstacles administratifs et financiers auprès des membres ayant besoin de soins et d’un accès immédiats.
  1. La DSP-MSG demandera que tous les services de police en Ontario élaborent et mettent en œuvre une stratégie détaillée en santé mentale et en bien-être d’ici le 30 juin 2021.
    1. Les stratégies détaillées en santé mentale incluront des initiatives locales de normalisation, des dispositions pour assurer aux membres l’accès à des services de soutien fondés sur des données probantes et qualifiés en prévention, en autogestion de la santé, en intervention et en postvention;
    2. Les stratégies détaillées en santé mentale incluront également des initiatives en formation et en éducation, selon les décisions du sous-comité d’application des connaissances, conçues pour répondre aux besoins des recrues, des policiers, des agents d’encadrement, des superviseurs, des gestionnaires, des spécialistes en ressources humaines, des fournisseurs de services de soutien par les pairs, des professionnels en santé mentale et des familles;
    3. Les éléments globaux de la stratégie en santé mentale pourraient être fournis directement par un service de police, par le biais de partenariats avec d’autres services de police et/ou en partenariat avec des fournisseurs tiers, au besoin;
    4. Les stratégies détaillées en santé mentale permettront aux familles de participer aux séances d’apprentissage et de discussion, ainsi qu’aux autres activités liées au bien-être des policiers tout au long du processus de recrutement, lors des points de transitions importants (comme établis dans le présent rapport) et périodiquement tout au long de la carrière d’un policier;
    5. Les stratégies détaillées en santé mentale incluront la mise en œuvre de compétences et d’attentes particulières sur le rendement liées au maintien et au soutien du bien-être mental et/ou en réaction aux problèmes de santé mentale, pour tous les policiers en général, et tout particulièrement pour les membres superviseurs. Ces compétences et attentes seront incorporées dans les promotions, la gestion du rendement et les systèmes de reconnaissance d’ici le 31 décembre 2021.
  1. L’OCMPOSM aidera et orientera les services de police dans la mise en œuvre de portails en santé mentale sur le Web pour les policiers et les familles, axés sur des services particuliers pour les services plus importants et/ou un accès général pour tous les services, afin de rendre accessibles l’information et les ressources en matière de services de soutien dans le but d’appuyer des discussions ouvertes et éclairées au sujet de la santé mentale et du bien-être. Les portails seront créés et accessibles pour tous les services d’ici le 30 juin 2021.
  1. L’OCMPOSM dirigera l’élaboration de lignes directrices sur les pratiques exemplaires afin de gérer tous les processus décisionnels liés à la santé mentale en lien avec les mesures d’adaptation et les retours au travail d’ici le 31 décembre 2021;
  1. Les processus entourant les mesures d’adaptation et les retours au travail incluront une collaboration entre les gestionnaires, les spécialistes en ressources humaines, les policiers, les familles, les associations, les assureurs et les conseillers cliniques tiers, en établissant des rôles et des responsabilités clairs pour chacun;
  2. Les processus entourant les mesures d’adaptation et les retours au travail incluront des lignes directrices particulières pour maintenir des liens de soutien auprès des policiers bénéficiant de mesures d’adaptation et ceux qui sont absents du travail, ainsi qu’auprès de leur famille, lorsque c’est autorisé.
  1. L’OCMPOSM dirigera l’élaboration des lignes directrices sur les pratiques exemplaires concernant la gestion de tous les processus de soutien des transferts à risques élevés d’ici le 31 décembre 2021.
    1. Les processus de transfert s’appliqueront à toutes les situations impliquant ou ayant le potentiel d’impliquer des accusations en vertu de la Loi sur les services policiers, des accusations criminelles, des options de retrait ayant recours à la force, ou encore une identification du policier et une attention négative des médias grand public ou des réseaux sociaux;
    2. Les processus de transfert incluront des lignes directrices particulières pour maintenir des liens de soutien auprès des membres bénéficiant de mesures d’adaptation et ceux qui sont absents du travail, ainsi qu’auprès de leur famille, lorsque c’est autorisé.
  1. La DSP-MSG encouragera davantage de services de police en Ontario à embaucher des professionnels de la santé mentale dans les limites de ce qu’ils peuvent se permettre seuls, ou en partenariat avec des services de police voisins. 
  1. L’Association des chefs de police de l’Ontario sera incitée par ce rapport à établir un parallèle provincial avec le sous-comité des psychologues de l’Association canadienne des chefs de police afin de favoriser une plus grande coopération, une capacité accrue et l’élaboration de pratiques exemplaires propres à l’Ontario.
  1. La DSP-MSG encouragera davantage de services de police en Ontario à conclure, si ce n’est déjà fait, des partenariats pour la santé mentale des policiers selon le même schéma que le programme COAST de soutien et d’intervention en situation de crise, le programme PACT de traitement communautaire intensif et des modèles semblables à travers le Canada, ainsi que le projet ÉCHO aux États-Unis, afin d’améliorer les relations et les interactions entre la police et les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale dans la communauté, et  de normaliser la sensibilisation et les connaissances des policiers au sujet de la prévention, des traitements et du rétablissement liés à la santé mentale.
  1. Le Bureau du coroner en chef, en partenariat, au besoin, cherchera à créer une politique en Ontario qui exige que tous les coroners signalent et communiquent l’information concernant tout décès par suicide d’un premier répondant, y compris la police, et forment un comité d’étude sur le décès dans chaque cas.
    1. Le Bureau du coroner en chef dirigera le développement d’un système approprié pour saisir les données sur tous les décès par suicide ainsi que sur les études sur le décès qui en résultent;
    2. Le Bureau du coroner en chef dirigera la conception et la mise au point d’outils analytiques, par le biais de consultations auprès de l’OCMPOSM et d’autres partenaires, afin de tirer des apprentissages des décès par suicide cumulatifs dans le but de cerner les possibilités d’améliorer constamment l’écosystème en santé mentale des premiers répondants.

Annexe : Membres du groupe d’experts du coroner en chef

Dre Lori Gray

Dre Gray est une psychologue clinicienne, médicolégale et de la réadaptation qui se concentre sur les pratiques exemplaires et les approches progressives en matière d’intervention précoce et de soins de santé intégrés par le truchement de son travail dans de multiples services d’urgences et programmes de soutien par les pairs. Elle travaille actuellement à partir de son cabinet privé à Barrie, en Ontario, et collabore avec les premiers intervenants et les services d’urgence des quatre coins de l’Ontario. Elle a acquis de l’expérience en tant que psychologue de l’un des plus importants services paramédicaux au Canada, du Centre de toxicomanie et de santé mentale, du Detroit Receiving Hospital, du ministère du Procureur général, du Service correctionnel du Canada et à titre d’enseignante du niveau postsecondaire.

Dre Gray a reçu le prix Future Pioneers of Psychology de l’American Psychological Association, le prix de réalisation de début de carrière de la section du stress traumatique de l’Association canadienne de psychologie, le prix de réalisation de début de carrière Odyssey et le prix GLAD de l’enseignement et du mentorat de l’Université de Windsor, pour ne nommer que ceux-ci, de divers organismes dont l’International Society for Traumatic Stress Studies, l’Association canadienne de psychologie et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Dr Simon Hatcher

Dr Hatcher est psychiatre et chercheur à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa. Il a reçu sa formation en psychiatrie au R.-U. et a travaillé pendant 20 ans en Nouvelle-Zélande, puis est déménagé au Canada en 2012. Il a été le principal instigateur de plusieurs importants essais cliniques randomisés de traitements pour les personnes suicidaires. Il dirige une clinique pour les premiers intervenants à l’Université d’Ottawa, et a reçu un financement de recherche pour étudier les préférences des premiers intervenants en matière de soins de santé mentale et tester différentes méthodes de dépistage des troubles mentaux chez les premiers intervenants.

Dr Hatcher est membre de l’Institut canadien de recherche et de traitement en sécurité publique (ICRTSP).

Lieutenant-colonel (retr.) Alexandra Heber

Dre Heber est la première psychiatre en chef d’Anciens combattants Canada (ACC), et est professeure adjointe en psychiatrie à l’Université d’Ottawa. Elle a agi à titre d’auteure principale d’ACC de la Stratégie conjointe de prévention du suicide des FAC et d’ACC. Elle possède plus de 30 ans d’expérience en soins de santé mentale. Dre Heber a servi dans les Forces armées canadiennes et a été déployée en Afghanistan à titre de psychiatre en charge des services de santé mentale pour la Force opérationnelle en Afghanistan. Sa carrière militaire comprend 10 ans en tant que chef clinique de Soins de santé des militaires d’Ottawa, puis la mise sur pied de la section des programmes cliniques du quartier général des FAC, où elle supervisait 30 cliniques spécialisées en santé mentale de la FAC partout au Canada.

Elle a présenté et publié ses travaux sur le trouble de stress post-traumatique et la prévention du suicide à l’échelle nationale et internationale à l’intention des militaires, des vétérans et des premiers intervenants. Ses recherches sont notamment axées sur la prévention du suicide, la transition de la vie militaire à la vie civile et le rôle de soutien par les pairs au sein des organismes militaires et paramilitaires. Elle est l’auteure de deux cybercours sur le TSPT et les soins tenant compte des traumatismes, soit un pour les médecins canadiens et l’autre pour les autorités de la santé de Terre-Neuve-et-Labrador, en plus d’avoir rédigé un certain nombre de rapports sur les cas de torture et de TSPT pour le ministère de la Justice et le gouvernement du Canada.

Dr Heber s’efforce d’établir de solides relations de collaboration entre les gouvernements, les universitaires, les instituts de recherche, les cliniciens, les organismes militaires et de sécurité publique, les familles et les personnes qui ont vécu l’expérience en question. Elle a reçu le prix du leadership d’Anciens combattants Canada, la Mention élogieuse du Chef d’état-major de la Défense décernée aux membres des Forces armées canadiennes, la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II et la Médaille du service général – Asie du Sud-Ouest.

Dre Stephanie Barone McKenny

Dre McKenny est psychologue au sein du service de police de Los Angeles (LAPD) et offre des services de consultation à plusieurs unités d’élite telles que les SWAT, la division d’appui aérien, la division des homicides liés aux gangs de criminels et les agents d’infiltration. Elle a travaillé avec du personnel d’application de la loi aux échelles internationale, nationale, étatique, locale, universitaire et des comtés. Dre McKenny est également une psychologue du sport et professionnelle des traumatismes cliniques accréditée à l’échelle nationale qui tient compte du rendement maximal pour concevoir et mettre sur pied des programmes de mieux-être à l’intention des agents, notamment les campagnes Mother of All Suicide Prevention (qui ont permis au LAPD de connaître une période de 25 mois sans suicide), la Resilience Task Force, la Substance Abuse Task Force, le programme Smart Detective, la marche annuelle Heart of LAPD, et les Tactical Relief Checks à venir.

Dre McKenny, qui est mariée à un capitaine de la Marine et dont le frère est lieutenant-colonel, est très bien placée pour comprendre les demandes et les sacrifices auxquels sont confrontés quotidiennement non seulement les membres des forces de l’ordre, mais également leur conjoint, leurs enfants et les autres membres de leurs familles.

Policier actif

Ce membre du groupe d’experts est sergent de police et œuvre à titre d’agent de la paix en Ontario depuis plus de 30 ans. Il a passé plus de 25 ans en uniforme et effectue des tâches administratives et organisationnelles depuis six ans.

Ce membre, qui est décrit par ses collègues comme étant un « policier de haut niveau » et une « référence », se décrit quant à lui comme « une personne qui souffre en silence depuis plus de 15 ans tout en étant continuellement exposé à des incidents et des traumatismes critiques dans le cadre de ses fonctions ». Il s’engage à tirer profit de son vécu pour prévenir les suicides chez les policiers en améliorant la culture au sein des corps policiers, en éliminant la stigmatisation et en faisant la promotion du mieux-être mental et de la résilience.

Ses collègues du groupe d’expert sont reconnaissants du courage dont il a fait preuve et de ses contributions au cours des délibérations. Son nom n’est pas indiqué ici par respect pour sa vie privée et celle de sa famille.

Angela Slobodian

Mme Slobodian est directrice du mieux-être au sein du service de police d’Ottawa. Elle a travaillé dans des hôpitaux et dans la santé publique en tant qu’infirmière autorisée. En 1994, elle a quitté sa Nouvelle-Écosse natale pour aller s’installer à Belleville, en Ontario, afin d’occuper un emploi à titre d’infirmière en santé du travail au sein d’une société de télécommunications mondiale, poste qui a éveillé son intérêt et sa passion pour la santé au travail. Elle a obtenu son diplôme et reçu sa certification en soins infirmiers en santé du travail en 2002. En 2009, elle a quitté son poste de directrice des opérations de santé nord-américaines dans l’entreprise du secteur privé pour accepter celui de gestionnaire des services de santé, de sécurité et de mode de vie au sein du service de police d’Ottawa. En tant qu’infirmière, elle s’est toujours engagée envers la promotion de la santé et la prévention des maladies.

Lorsque l’occasion de diriger la mise sur pied du programme de mieux-être au sein de la police d’Ottawa s’est présentée, Mme Slobodian l’a saisie avec joie. Elle est actuellement responsable de l’équipe chargée de la santé et de la sécurité, et du programme de soutien par les pairs et de résilience du Service de police d’Ottawa.

Clive Weighill, C.O.M.

Chef Weighill (retraité) est un vétéran des services policiers de la Saskatchewan. Il a servi en tant que chef du service de police de Saskatoon de 2006 à 2017 après 31 ans au sein du service de police de Regina, qu’il a quitté avec le rang de chef adjoint. En septembre 2018, M. Weighill est devenu coroner en chef du Service de coroners de la Saskatchewan.

Au cours de sa carrière policière, M. Weighill a travaillé dans les secteurs de la patrouille, des communications, de la prévention des crimes, des crimes commerciaux, des crimes contre les biens, des drogues, des mœurs, de la planification et de la recherche et de l’administration supérieure. Il a également agi à titre de président de l’Association canadienne des chefs de police (ACCP) de 2014 à 2016. Il a reçu la Médaille et la Barrette de la police pour services distingués, la Médaille des services de protection de la Saskatchewan, la Médaille du centenaire de la Saskatchewan, la Médaille du jubilé de diamant de la reine, la Médaille d’or du lieutenant-gouverneur pour l’excellence dans l’administration publique en Saskatchewan et le titre de commandant de l’Ordre du mérite des corps policiers.

Norman E. Taylor – Modérateur du groupe et rédacteur principal

M. Taylor sert la communauté policière du Canada depuis plus de 25 ans dans ses rôles combinés de conseiller en politiques indépendant, d’éducateur, de chercheur et d’auteur. Depuis 2014, il a organisé et mis en œuvre trois conférences nationales sur les services policiers et les problèmes de santé mentale en partenariat avec l’Association canadienne des chefs de police (ACCP) et la Commission de la santé mentale du Canada. En tant que fondateur et directeur des programmes du Programme d’études internationales pour cadres supérieurs de l’ACCP, il a dirigé des projets de recherche mondiaux sur l’intégration des interfaces des services de police avec le système de santé mentale, et sur certaines des habitudes et certains des comportements uniques qui façonnent la culture interne des services de police. M. Taylor offre également des services consultatifs et éducatifs à bon nombre de services de police et communautés, ainsi qu’à tous les ordres de gouvernement au Canada et aux États-Unis.

M. Taylor a reçu la Médaille du jubilé de diamant de la reine sur proposition de l’ACCP, le Prix d’excellence de la fonction publique : innovation du premier ministre de la Saskatchewan et, en 2018, le titre d’officier breveté honoraire de la Police provinciale de l’Ontario.

Notes

[1] USAF (2001). The Air Force Suicide Prevention Program: A description of program initiatives and outcomes (AFPAM 44-160). Suicide Prevention Resource Center.

[2] Mann JJ, Apter A, Bertolote J, Beautrais A, Currier D, Haas A et al. Suicide prevention strategies: a systematic review. JAMA 2005 October 26;294(16):2064-74.

[3] Rapport du Comité d’experts des Forces canadiennes sur la prévention du suicide​

[4] Sécurité publique Canada (2019). Blessures de stress post-traumatique et soutien aux agents de la sécurité publique.