Dangers liés à la manutention, à l’entreposage et à l’utilisation du nitrate d’ammonium

Communiqué du commissaire des incendies

Dangers liés à la manutention, à l’entreposage et à l’utilisation du nitrate d’ammonium

Communiqué 2013-09

Le 6 juin 2013

Le 17 avril 2013, une explosion déclenchée par du nitrate d’ammonium s’est produite dans une usine d’engrais de la société West Fertilizer Company, dans la ville de West au Texas, juste au nord de Waco. Quatorze personnes ont perdu la vie et quelque 200 autres ont été blessées à la suite de ce tragique incident. Parmi les personnes décédées, il y avait dix intervenants des services d’incendie et des services médicaux d’urgence locaux.

Même si l’on ne connaît pas encore tous les détails de cet incident, il est important que les membres des services d’incendie agissent de façon proactive et se familiarisent avec les risques d’incendie et d’explosion liés à l’utilisation, la manipulation, l’entreposage et le transport du nitrate d’ammonium. Le nitrate d’ammonium, une substance solide, et l’ammoniac anhydre, ou gaz ammoniac, sont utilisés comme engrais dans le secteur agricole. Il est également important que les services d’incendie évaluent le risque qu’un incident comme celui du Texas survienne dans leur région ainsi que l’impact d’un tel incident sur leurs activités. Le moment est opportun de procéder à une telle évaluation, maintenant que la saison de croissance végétale vient de commencer et que le transport, l’utilisation et l’entreposage d’engrais à base de nitrate d’ammonium sont des activités fréquentes.

Le Code de prévention des incendies de l’Ontario, à la sous-section 3.3.3. de la division B, traite de l’entreposage du nitrate d’ammonium à l’intérieur. Toutefois, ces dispositions ne s’appliquent pas aux agents de minage (explosifs) ni aux engrais entreposés dans des endroits du secteur ferroviaire réglementés par Transports Canada.

La sous-section 3.3.3. de la division B traite d’un certain nombre de questions de sécurité-incendie, dont les dimensions et la construction des bâtiments d’entreposage, leur emplacement par rapport aux limites de la propriété, les types d’usages autorisés des bâtiments contigus, les caractéristiques de protection contre les incendies (par exemple, la protection par gicleurs est obligatoire dans les bâtiments d’entreposage, à moins qu’une autre mesure n’ait été approuvée), le contrôle des sources d’inflammation, les procédures spéciales de manipulation liées aux déversements et l’utilisation d’explosifs.

En outre, la section 5.6 de la division B traite de l’entreposage des bouteilles de gaz comprimé à l’intérieur et à l’extérieur. Ces dispositions s’appliquent à l’ammoniac anhydre comprimé.

Les processus associés à la production d’engrais qui dégagent des poussières combustibles doivent respecter les dispositions de la section 5.10 de la division B.

Par ailleurs, un plan de sécurité-incendie, conforme à la section 2.8 de la division B, est exigé dans les établissements industriels à risques très élevés (groupe F, division 1) où le nombre de personnes excède 25 ainsi que dans les établissements industriels à risques moyens (groupe F, division 2) où ce nombre dépasse 100 personnes.

En dehors du secteur agricole, le nitrate d’ammonium est utilisé dans de nombreux autres domaines : les explosifs dans les mines, la construction de routes et les travaux de démolition; la pyrotechnie; les applications militaires; la médecine; et diverses utilisations dans les laboratoires. D’autres organismes et autorités réglementent la vente, la distribution et l’utilisation de produits contenant du nitrate d’ammonium. Par exemple, Transports Canada a des exigences pour le transport par chemin de fer du nitrate d’ammonium et Ressources naturelles Canada a des exigences pour la vente de nitrate d’ammonium (28 à 35 % de teneur en azote).

Le Bureau du commissaire des incendies (BCI) surveille l’enquête sur l’explosion au Texas dans les rapports des médias et par l’entremise de son homologue de l’État du Texas.

Le document ci-joint de questions et réponses fournit des renseignements additionnels sur le nitrate d’ammonium et les dangers qui y sont associés. De plus, le tableau ci-dessus indique avec qui on peut communiquer pour demander des renseignements au sujet du nitrate d’ammonium ou d’un sujet connexe.

le tableau indique avec qui on peut communiquer pour demander des renseignements au sujet du nitrate d’ammonium ou d’un sujet connexe

Sujet de la demande

Membres du personnel du BCI avec qui on peut communiquer

Exigences du Code de prévention des incendies

Yosh Imahori, ingénieur en sécurité-incendie, ou
Beth Tate, ingénieure en sécurité-incendie
Unité de la recherche appliquée du BCI
Téléphone : 416 325-3100

Inspections et mesures d’exécution du Code de prévention des incendies

Directeur de l’Unité de l’amélioration de la sécurité communautaire du BCI
Téléphone : 1-800-565-1842

Planification préalable aux incendies

Conseiller en protection contre les incendies local du BCI

Stratégies et tactiques de lutte contre les incendies

Chef des programmes d’éducation du Collège des pompiers de l’Ontario
Téléphone : 705 687-2294

le tableau indique avec qui on peut communiquer pour demander des renseignements au sujet du nitrate d’ammonium ou d’un sujet connexe

Pièce jointe

Dangers liés à la manutention, à l’entreposage et à l’utilisation du nitrate d’ammonium : questions et réponses

  1. L’usine d’engrais à West au Texas contenait de l’ammoniac anhydre et du nitrate d’ammonium. Que sont ces produits chimiques?

Le nitrate d’ammonium (NH4NO3 ), qui contient 35 pour cent d’azote, est une substance cristalline blanche solide à température ambiante et pression normale. Il est couramment utilisé dans l’agriculture comme engrais riche en azote (connu aussi dans ce cas sous le nom d’ammonitrate). Il est également utilisé comme agent oxydant dans des explosifs, notamment dans des engins explosifs improvisés.

L’ammoniac anhydre (NH3), un composé chimique qui contient 82 pour cent d’azote, est l’engrais azoté le plus concentré et une source efficace et largement utilisée d’engrais azotés. Il est appliqué par injection à l’intérieur du sol, où il se combine avec l’humidité de la terre pour fournir de l’azote, un élément nutritif essentiel. Il est conservé sous pression (gaz liquéfié) et est stable dans des conditions normales d’entreposage et de manutention.

  1. Quels sont les risques de sécurité incendie liés au nitrate d’ammonium?

Le nitrate d’ammonium est une substance oxydante qui, à des températures élevées, soutient la combustion de matériaux comme le bois, le papier, le mazout et le soufre.

Il se décompose sous l’effet de la chaleur à des températures supérieures à 150 °F. Dans certaines conditions, cette décomposition peut devenir dangereuse. Comme le nitrate d’ammonium est généralement entreposé en très grandes quantités, tout début d’incendie présente le risque de se développer et d’atteindre des proportions catastrophiques.

Si les gaz de décomposition sont suffisamment confinés, ils contribueront à accélérer ou à soutenir d’une autre façon la réaction de décomposition.

Deux des gaz de décomposition, l’oxyde nitreux et l’ammoniac, lorsqu’ils sont mélangés avec certains autres gaz, dont le monoxyde de carbone, sont susceptibles d’exploser. De telles explosions peuvent alors être d’une puissance suffisante pour faire exploser le nitrate d’ammonium entreposé.

  1. Que prévoit le Code de prévention des incendies au sujet du nitrate d’ammonium?

Le Code de prévention des incendies de l’Ontario traite de l’entreposage à l’intérieur du nitrate d’ammonium à la sous-section 3.3.3. de la division B, qui s’applique [traduction] « à l’entreposage de nitrate d’ammonium en quantité supérieure à 1000 kg, sous forme de cristaux, de flocons, de granules ou de perles, y compris de l’engrais ou autres mélanges contenant 60 % ou plus de nitrate d’ammonium en poids, mais ne s’applique pas à l’entreposage d’agents de minage ou d’engrais à des endroits que possède ou loue une compagnie de chemin de fer et qui sont réglementés par la Commission canadienne des transports. » Cette quantité correspondrait à environ 40 sacs de 25 kg, avec une teneur en azote de 21 % provenant du nitrate d’ammonium (les engrais n’utilisent pas tous le nitrate d’ammonium comme source d’azote).

La sous-section 3.3.3. de la division B explique les exigences relatives aux dimensions et à la construction des bâtiments servant à l’entreposage, à leur emplacement par rapport aux limites de la propriété, aux types d’usages autorisés des bâtiments contigus, aux caractéristiques de protection contre les incendies (la protection par gicleurs est obligatoire dans les bâtiments d’entreposage), au contrôle des sources d’inflammation et aux procédures de manipulation.

En outre, la section 5.6 traite de l’entreposage des bouteilles de gaz comprimés à l’intérieur et à l’extérieur. Ces dispositions s’appliquent à l’ammoniac anhydre comprimé.

Les processus associés à la production de produits d’engrais qui dégagent des poussières combustibles doivent être conformes aux dispositions de la section 5.10 de la division B.

En outre, un plan de sécurité incendie, conforme à la section 2.8 de la division B, est exigé dans les établissements industriels à risques très élevés (groupe F, division 1) où le nombre de personnes excède 25 ainsi que dans les établissements industriels à risques moyens (groupe F, division 2) où ce nombre dépasse 100 personnes.

  1. Où trouve-t-on de l’engrais contenant du nitrate d’ammonium en Ontario?

On trouve des sites d’entreposage de nitrate d’ammonium à divers endroits dans la province. La grande majorité des utilisateurs de nitrate d’ammonium en Ontario ne sont pas identifiés dans un registre formel, de sorte qu’il n’existe pas de liste complète des emplacements. Toutefois, en l’absence d’une liste complète, une liste partielle peut être compilée à partir des renseignements obtenus sur le site Web de l’Ontario Agri-Business Association, www.oaba.on.ca, ainsi que des répertoires de l’industrie ou des entreprises agricoles.

  1. Les engrais sont-ils tous dangereux?

Il est important de noter que les engrais ne contiennent pas tous du nitrate d’ammonium. Par exemple, les engrais ménagers n’en contiennent généralement pas.

Les engrais qui ne contiennent pas plus de 60 pour cent de nitrate d’ammonium et ne contiennent aucune autre substance oxydante (le reste étant des matières inertes) n’est généralement pas considéré comme présentant un risque d’incendie ou d’explosion lorsqu’ils sont entreposés; néanmoins, certains additifs peuvent rendre les mélanges d’engrais à base de nitrate d’ammonium aussi dangereux que le nitrate d’ammonium lui-même, ou même plus dangereux.

  1. Est-ce que l’industrie des engrais s’autoréglemente?

L’Institut canadien des engrais (ICE) est une association de l’industrie qui représente les fabricants et les distributeurs en gros et au détail d’engrais azotés, phosphatés et potassiques. Tous ses membres doivent se conformer à certaines exigences qui font partie des conditions d’adhésion. Ces exigences comprennent notamment le respect des textes suivants :

De plus, le Conseil de la sécurité en fertilisation a publié le document Code de pratique pour le nitrate d'ammonium à des fins agricoles : version préliminaire (PDF, 1 Mo) aux fins de commentaires au début de l'année 2013.

  1. Quelles mesures les services d'incendie devraient-ils prendre?

Les services d'incendie doivent être proactifs; ils devraient évaluer les risques dans leurs collectivités et prendre les mesures appropriées pour les réduire :

  • déterminer s'il y a des installations d'engrais dans la collectivité;
  • veiller à ce que ces installations respectent le Code de prévention des incendies et ont un plan de sécurité-incendie approuvé;
  • planifier l'intervention en cas d'incendie :
  • déterminer quels sont les dangers,
  • déterminer les tactiques d'extinctions appropriées,
  • établir ou réviser, selon les besoins, des plans d'intervention d'urgence, des protocoles ou ententes d'entraide ou d’intervention automatique qui pourraient être invoqués si une situation d'urgence survenait dans une installation d'engrais.
  1. Quelles sont les ressources à la disposition des services d'incendie?

Pour tout renseignement supplémentaire, soutien ou précision, veuillez vous référer aux renseignements concernant les personnes-ressources dans le Communiqué du commissaire des incendies.

  1. Quel soutien peut-on obtenir en cas de situation d'urgence majeure?

En Ontario, les premiers intervenants sont censés avoir reçu la formation nécessaire pour être prêts à intervenir lors d’incidents majeurs de diverse nature.

Pour les incidents de grande envergure ou plus complexes, l'Ontario dispose de ressources supplémentaires pour intervenir en cas d'incidents mettant en cause des matières chimiques, biologiques, radiologiques, nucléaires ou explosives (CBRNE) ainsi que des explosions ou effondrements de bâtiments ou autres structures.

Le personnel de la plupart des services d'incendie dans la province de l'Ontario ont reçu une formation de niveau « sensibilisation », sur l'intervention en cas de situation d'urgence mettant en cause des matières dangereuses. En outre, l'Ontario dispose de plusieurs équipes d'intervention spécialisées, coordonnées à l'échelle de la province et composées de premiers intervenants hautement qualifiés : trois équipes ayant reçu une formation de « niveau technicien » (avancé) à Toronto, Windsor et Ottawa, et six équipes de soutien ayant reçu une formation de niveau « opérationnel » (intermédiaire) à Peterborough, Cornwall, Sault Ste. Marie, Thunder Bay, North Bay et dans la région de Waterloo.

Avec l'équipe de recherche et de sauvetage en milieu urbain à l'aide d'équipement lourd (RSMUEL) à Toronto, une équipe ayant reçu une formation très poussée, et l'équipe URSU-IIC (Unité de recherche et de sauvetage en milieu urbain, et d'intervention CBRNE) de la Police provinciale de l'Ontario, ces équipes sont disponibles 24 h sur 24, 7 jours sur 7 pour intervenir rapidement, n'importe où dans la province, en cas de situation d'urgence importante, comme un tremblement de terre, une tornade, une tempête violente ou une explosion.

Le système d'entraide des services d'incendie de l’Ontario, établi en vertu de la Loi de 1997 sur la prévention et la protection contre l'incendie et géré par le commissaire des incendies, fournit un mécanisme efficace pour la mobilisation d'importantes ressources d'intervention d'urgence en cas d'incident dépassant les ressources disponibles d'une collectivité de la province. Ce système consiste en un réseau interdépendant d'ententes entre municipalités qui mettent à disposition leurs ressources d'intervention d'urgence en cas d'événements extraordinaires. Ces ententes sont conclues au niveau d'un comté, d'une région ou d'un district et constituent un moyen souple pour le partage réciproque des ressources.

Le Communiqué du commissaire des incendies 2005-29, Ressources du Bureau du commissaire des incendies pour les incidents majeurs, donne des renseignements sur les ressources et les services du Bureau du commissaire des incendies disponibles pour aider dans l'intervention en cas d’incidents qui dépassent la capacité du réseau d’entraide, sans pour autant constituer une situation d’urgence exigeant une intervention « provinciale ».