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Rapport d’examen des décès par suicide chez les jeunes de la Première nation de Pikangikum - Résumé

de 2006 à 2008



S'il vous plaît noter - le rapport complet est disponible sur demande au Bureau du coroner en chef, par téléphone, au 416 314-4000, 1-877-991-9959 ou par courriel, à occ.inquiries@ontario.ca.


Table de matières

Lettre au Coroner en chef

Objectif du rapport

Processus d’examen

Remerciements

Sommaire
Première nation de Pikangikum : Défis sociaux

Première nation de Pikangikum : Examen des décès des enfants

Première nation de Pikangikum : Soins de santé

Première nation de Pikangikum : Éducation

Première nation de Pikangikum : Services policiers

Première nation de Pikangikum : Services de bien-être de l’enfance

Première nation de Pikangikum : Déterminants sociaux de la santé

Rapport de l’intervenant en faveur des enfants et des jeunes : Résumé

Principales recommandations du rapport

Résumé


Lettre au Coroner en chef

1er juin 2011

Dr McCallum,

Je vous soumets ce rapport d’examen des décès par suicide chez les jeunes de la Première nation de Pikangikum, dans la province de l'Ontario, qui ont eu lieu du 1er janvier 2006 au 31 décembre 2008.

Le comité d’examen a étudié chacun des 16 cas de décès par suicide et le rapport présente cinq de ces cas à titre d’exemples représentatifs. Ce rapport formule 100 recommandations portant sur les soins de santé, la prévention du suicide, l’éducation, les services policiers, les services de bien-être de l'enfance et les déterminants sociaux de la santé.

Veuillez agréer mes salutations distinguées.

Bert Lauwers, M.D., CCMF, FCFP
Chef de projet, Suicide chez les jeunes de Pikangikum
Coroner en chef adjoint, investigations
Président, Comité d'examen des décès d'enfants
Bureau du coroner en chef de l’Ontario


Objectif du rapport

Le présent rapport a pour objet l’examen des suicides de 16 enfants et jeunes âgés de 10 à 19 ans survenus de 2006 à 2008 dans la Première nation de Pikangikum.

L’objectif de cet examen était :

1. d’étudier les circonstances entourant le décès de chacun des enfants et des jeunes;

2. de recueillir et d’analyser les renseignements concernant les décès afin de prévenir d’autres décès dans des circonstances similaires;

3. de formuler des recommandations permettant d’éviter d’autres décès dans des circonstances similaires ou concernant toute autre question découlant de cette analyse.

Le Bureau du coroner en chef a remarqué, de plus en plus alarmé par la situation, l’augmentation des décès chez les adolescents vivant sur le territoire des réserves des Premières nations du Nord de l’Ontario. Ainsi, l’examen de neuf décès de jeunes de Pikangikum avait été complété en 2009 et présenté dans le rapport annuel du Comité d'examen des décès d'enfants et du Comité d'examen des décès d'enfants de moins de cinq ans. Une des recommandations formulées dans le cadre de ce rapport était de tenir une enquête communautaire pour examiner les éléments suivants :

  • La compréhension et la réaction du Chef et du Conseil aux conditions qui règnent dans la collectivité, lesquelles ont mené au taux élevé de suicides.
  • Le rôle que pourraient jouer l’éducation, les services de santé et d’autres services communautaires dans la prévention du désespoir et, en définitive, du suicide de ces jeunes.
  • Les contributions des membres de la collectivité et des leaders naturels à l’élaboration de stratégies de prévention du suicide chez les jeunes.
  • Les stratégies de prévention du suicide à l’échelle de la collectivité.
  • Les progrès ou les résultats obtenus depuis l’enquête réalisée sur le suicide de la jeune Autochtone Selena Sakanee en 1999.

Cet examen a tenu compte des éléments proposés et les a étudiés.

Bert Lauwers, M.D., CCMF, FCFP
Coroner en chef adjoint, investigations
Président, Comité d'examen des décès d'enfants
Chef de projet, Suicide chez les jeunes de Pikangikum


Processus d’examen

Le Bureau du coroner en chef (BCC) a participé à la Commission d’enquête sur la médecine légale pédiatrique en Ontario présidée par le juge Goudge, dont le rapport a été déposé en octobre 2008. Durant la Commission d’enquête Goudge, notre bureau a écouté avec beaucoup d’intérêt les inquiétudes des Premières nations, représentées par l’alliance formée par les organismes Nishnawbe Aski Nation et Aboriginal Legal Services of Toronto. Un des messages clairement communiqués était que notre bureau ne se penchait pas autant sur les décès survenus sur le territoire des Premières nations que sur ceux survenus ailleurs dans la province, malgré les conditions sociales et relatives à la santé difficiles qui prévalent dans ces collectivités éloignées accessibles par voie des airs. Ce rapport répond à ce message. Le BCC est très préoccupé par l’augmentation des décès par suicide chez les enfants et les jeunes des collectivités des Premières nations du Nord-Ouest de l’Ontario et, plus récemment, du Nord-Est de l’Ontario.

Au moment de décider de la portée de cet examen, nous avons consulté le chef de la Première nation de Pikangikum et la Nishnawbe Aski Nation. On nous a demandé de mener cette étude non pas comme une enquête, mais en favorisant un autre format. Nous avons choisi d’effectuer un examen des décès, et en établissant la portée de l’examen, il nous est apparu évident qu’un simple examen des décès serait insuffisant, en raison de la grande quantité d’éléments à considérer quand vient le temps d’analyser la question du suicide chez les jeunes des Premières nations. Ainsi, cet examen a été axé sur la collectivité comme telle, incluant les infrastructures, les services policiers, la santé, l’éducation, les services de bien-être de l'enfance et les déterminants sociaux de la santé chez les Premières nations.

Cet examen était constitué de cinq parties distinctes. On invite le lecteur à consulter l’Annexe 1 : Charte de projet pour tous les détails. En mars et en octobre 2010 ont eu lieu des visites à Sioux Lookout et Pikangikum. M. Jason Beardy, de la Nishnawbe Aski Nation, Mme Thelma Morris, directrice adjointe des Tikinagan Child and Family Services, Mme Linda Nothing-Chaplin, autrefois de North-South Partnership, le Sgt Chris Amell, du détachement de Red Lake de la Police provinciale de l’Ontario et Mme Susan Abell accompagnaient le Bureau du coroner en chef lors du voyage effectué en mars.

La première partie de l'examen consistait en une rencontre du BCC avec le Chef et le Conseil et des entrevues avec des membres des services de la police, des services de soins de santé, de l’éducation et des services de bien-être de l'enfance.

La deuxième partie a été menée par M. Irwin Elman et Mme Laura Arndt, du Bureau de l'intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes, dont l’expertise a été mise à contribution pour représenter les points de vue et les inquiétudes des enfants et des jeunes des Premières nations. Leurs observations sont prises en compte dans la section portant sur le rapport de l’intervenant en faveur des enfants et des jeunes.

La troisième partie consistait en un groupe d’experts sur la psychiatrie, le bien-être de l'enfance et l’examen des décès du coroner menant un examen systémique approfondi des 16 cas de suicides. On invite le lecteur à consulter l’Annexe 2 : Formulaire de vérification pour savoir quels éléments concernant les décès ont été examinés. Le groupe d’experts était constitué d’un coroner, des spécialistes en bien-être de l'enfance Mme Karen Bridgman-Acker et Mme Susan Abell, et de trois psychiatres, soit le Dr Richard Meen, psychiatre pédiatrique ayant déjà fourni des soins à Pikangikum, le Dr Paul Links, titulaire de la chaire d'études sur le suicide Arthur Sommer Rotenberg de l’hôpital St. Michael’s de Toronto, et le Dr Cornelia Wieman, première femme autochtone psychiatre au Canada. Le groupe comprenait aussi le Dr Peter Menzies, membre des Premières nations et chef des soins cliniques, Services aux Autochtones au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), ainsi que Mme Sabrina Squire, infirmière de descendance métisse et actuellement étudiante en médecine à l’Université d’Ottawa, qui a fourni des soins de santé primaires dans 18 collectivités autochtones éloignées du Nord de l’Ontario. Les conclusions de ce groupe d’experts sont présentées dans les sections intitulées « Les décès des jeunes par suicide » et « Première nation de Pikangikum : Soins de santé ».

Pour la quatrième partie de l’examen, le Dr Judy Finlay, de la Faculté d'éducation des jeunes enfants de l'Université Ryerson, et Mme Anna Nagy, chargée de cours à la Faculté de psychologie de l’Université de Toronto à Mississauga, ont rédigé un rapport sur les déterminants sociaux de la santé. Les concepts issus de ce rapport sont présentés dans la section portant sur les déterminants sociaux de la santé.

Pour la cinquième partie, le Dr Don Auger, avocat autochtone et directeur administratif de la société d’aide à l’enfance Dilico Anishinabek Family Care, a remis un document de travail portant sur les défis que représente la prestation de services de bien-être de l'enfance dans les régions du Nord. Des sections de ce document ainsi que les observations de Mme Bridgman-Acker forment la majeure partie du chapitre du présent rapport portant sur la prestation de services de bien-être de l’enfance dans la Première nation de Pikangikum.

Les recommandations découlant de ces cinq parties sont présentées tout au long du présent rapport et dans la section portant sur les recommandations. Ces recommandations sont tant de nature systémique que de nature communautaire. Le BCC est persuadé que les recommandations communautaires destinées à freiner la montée du nombre de cas de suicides chez les jeunes, si elles sont suivies, porteront fruit à Pikangikum. Par ailleurs, ces mêmes recommandations pourraient être reprises par toute Première nation en Ontario pour stopper l’augmentation du taux de suicide dans sa collectivité. Des stratégies de prévention, d’intervention et de postvention sont proposées pour les personnes, les familles, les collectivités et les régions. Les recommandations globales de nature systémique concernent le besoin d’intégration des systèmes et de soins coordonnés uniformes offerts dans les réserves des Premières nations afin de restaurer un bien-être mental, physique, émotionnel et spirituel. L’abus de solvants par les jeunes et l’alcoolisme des parents sont des éléments contribuant largement au suicide chez les jeunes, comme les histoires de ces derniers l’illustrent si bien. Ces éléments sont également abordés dans les recommandations.

Le BCC désire témoigner toute sa gratitude envers les nombreux collaborateurs renseignés et talentueux nommés ci-dessus qui ont consacré volontiers, et avec un intérêt marqué, leur temps, leurs idées et leur sagesse au succès de ce projet.


Remerciements

Nous nous devons de commencer ces remerciements en saluant les enfants et les jeunes de la Première nation de Pikangikum. Ils sont un exemple de résistance, d’endurance et de coriacité et leur avenir s’annonce très prometteur. La balle est dans le camp de ceux qui ont le pouvoir d’améliorer leur situation. À eux d’agir. Cette constatation est clairement établie dans le rapport final de la Commission royale sur les peuples autochtones (1996) :

« Les jeunes Autochtones veulent être la solution, et non le problème. Le pouvoir des jeunes de demain passe par la guérison des jeunes d'aujourd'hui. Ils auront alors l'énergie mentale, physique, émotive et spirituelle nécessaire pour aider ceux qui les entourent : les autres jeunes, leurs parents et leurs collectivités. Le cercle du bien-être ira en s'élargissant. »1

Les enquêteurs, Dr Bert Lauwers, Mme Susan Abell, Mme Karen Bridgman-Acker et Mme Doris Hildebrandt, désirent remercier les personnes suivantes pour leur précieuse collaboration à cet examen des décès :

  • Le grand chef Stan Beardy de la Nishnawbe Aski Nation, pour ses conseils et la patience dont il a fait preuve en nous expliquant les réalités des Premières nations.
  • Le chef Jonah Strang, le sous-chef Lyle Keeper et les membres du conseil de Première nation de Pikangikum ainsi que leur conseiller juridique, M. Doug Keshen, pour ses conseils et son soutien à cette initiative.
  • La Pikangikum Health Authority, et plus précisément messieurs Billy Joe Strang et Brian Keeper, pour leur collaboration et leur aide.
  • M. Jimmy Keeper, de la Pikangikum Education Authority, pour sa collaboration et son aide. L’ancien directeur M. Phil Starnes, la directrice actuelle Mme Joanne Donnelly, et les enseignants M. Kurtis MacRea et Mme Colleen Estes pour la franchise de leurs propos lors de nos échanges concernant les défis relatifs à l’éducation et à la collectivité.
  • L’ancien commissaire de la Police provinciale de l’Ontario, M. Julian Fantino, le surintendant Brad Blair et le Sgt Chris Amell pour leur dévouement au succès de cet examen, notamment en fournissant un soutien logistique et leur expertise en communication, et pour leur précieux document portant sur la prestation des services policiers à Pikangikum, exposé dans le chapitre portant sur les services policiers à Pikangikum.
  • Mme Jeanette Lewis, ancienne directrice administrative de l’Association ontarienne des sociétés de l'aide à l'enfance (AOSAE) et autrefois membre du Comité d’examen des décès d’enfants, pour sa persévérance et ses appuis dans la promotion d’un examen des cas de suicide chez les jeunes des Premières nations par le Bureau du coroner en chef. Aussi, Mme Mary Ballantyne, actuelle directrice administrative, pour ses conseils et le partage de son expertise et de ses connaissances afin de veiller au succès de cet examen.
  • M. Micheal Hardy, directeur administratif des Tikinagan Child and Family Services, les employés de Tikinagan et la conseillère juridique de l’organisme, Mme Catherine Beamish, de Beamish McKinnon Aboriginal Law Firm, pour leurs présentations réfléchies faites au Bureau du coroner en chef à propos des services de bien-être de l'enfance au sein des Premières nations.
  • M. James Morris, directeur administratif de la Sioux Lookout First Nations Health Authority, et M. Kevin Berube, de Nodin Child and Family Intervention Services, qui nous ont expliqué le fonctionnement des services en santé mentale dans le Nord.
  • Les représentants du Sioux Lookout Meno Ya Win Health Centre, dont Mme Barb Linkewich, vice-présidente des services de santé, Mme Helen Cromarty, conseillère spéciale en services de santé pour les Premières nations, le Dr Bob Minty, médecin membre du personnel et le Dr Terry O’Driscoll, médecin-chef, pour nous avoir expliqué la complexité de la prestation des soins de santé primaires, secondaires et tertiaires aux Premières nations dans la zone de Sioux Lookout.
  • Le Dr Peter Braunberger, qui nous a expliqué les défis relatifs à la prestation des services de psychiatrie pédiatrique dans le Nord.
  • Le Dr Mark Lachmann, psychiatre résident et autrefois médecin auprès des Premières nations dans le Nord, pour avoir partagé ses opinions et ses expériences relativement au suicide chez les jeunes Autochtones.
  • AMDOCS, incluant les médecins de premier recours Dr Anton Meyer et Dr Ekow Barnes, et les infirmières du poste de soins infirmiers de Pikangikumm, dont l’infirmière-chef Melanie Turpin et ses collègues, qui nous ont expliqué les rouages de la prestation des soins de santé dans la collectivité de Pikangikum et les défis y étant associés.
  • M. Lachie Macfadden, qui nous a expliqué l’importance de l’abus de solvants à Pikangikum et les défis y étant reliés.
  • Mme Susan Pilatzke, du Réseau local d'intégration des services de santé (RLISS) du Nord-Ouest, qui nous a fait part de la vision évolutive du RLISS en matière de prestation de soins de santé.
  • Le ministère de l’Éducation, le ministère de la Formation et des Collèges et Universités et la Division de l'éducation en langue française, de l'éducation autochtone et de la recherche, qui nous ont fourni des renseignements sur les stratégies provinciales en matière d’éducation autochtone, les ressources et les défis.
  • Le ministère des Affaires autochtones pour son soutien et le partage de renseignements.
  • Remerciements particuliers à Mme Deborah Richardson, qui a révisé les versions préliminaires de ce rapport et formulé de précieux commentaires.
  • Le Dr Donald Auger, pour nous avoir gracieusement fourni de la documentation qui nous a grandement aidés à orienter ce projet.
  • Mme Rowena Cruz, pour son expertise en administration et en formatage.
  • Mesdames Dorothy Zwolakowski et Kathy Kerr, du Bureau du coroner en chef, pour avoir révisé le document et formulé des suggestions quant à son contenu.
  • Le chef de projet désire remercier Mme Doris Hildebrandt pour ses précieuses modifications au document.

Les enquêteurs voudraient également remercier le Dr Andrew McCallum, coroner en chef de l’Ontario, pour ses conseils et sa conviction qu’un système d’examen des décès mené par des médecins et des coroners peut et doit se pencher sur les questions de justice sociale afin d’améliorer la santé, la sécurité et le bien-être des citoyens de l’Ontario, de tous les citoyens, autochtones ou non.


Sommaire

De 2006 à 2008, 16 jeunes de la Première nation de Pikangikum âgés de 10 à 19 ans se sont suicidés par pendaison. Le Bureau du coroner en chef a entrepris l’examen de ces tragiques décès.

Première nation de Pikangikum : Défis sociaux

La Première nation de Pikangikum est une collectivité éloignée qui se trouve à environ 100 kilomètres au Nord de Red Lake. On peut seulement s’y rendre en empruntant des routes d’hiver sur le lac Pikangikum, ou en avion, comme il s’agit d’une collectivité accessible par voie des airs. On y compte environ 2 400 résidents, et le taux de natalité y est élevé. Les grossesses chez les adolescentes y sont fréquentes, et de 70 à 90 bébés y naissent chaque année.

Illustration 1. Carte de la province de l’Ontario.

Illustration 1. Carte de la province de l’Ontario.

Il y a environ 450 maisons à Pikangikum. De ce nombre, 340 n’ont ni plomberie ni eau courante. L’école, les édifices du gouvernement et 43 maisons sont raccordés à un étang de stabilisation. Il y a également un système de traitement de l’eau, construit il y a 16 ans. Ce système achemine de l’eau par des canalisations souterraines à des postes d’approvisionnement, où les résidents peuvent puiser de l’eau potable. Le 15 avril 2011, la Première nation a dû décréter l’état d’urgence en raison d’une pénurie d’eau potable et courante. Cette crise a mis à rude épreuve les ressources financières de la collectivité, posé un risque pour la santé et nécessité une réaction coordonnée et efficace.

La collectivité n’est pas raccordée au réseau électrique. L’électricité disponible est produite par une génératrice au diesel peu fiable et utilisée à pleine capacité. Des efforts sont déployés pour raccorder la collectivité au réseau électrique.2 En 2008, il y avait 170 emplois dans la collectivité, dont 50 étaient occupés par des gens de l’extérieur, comme des professeurs et des infirmières. Les 170 emplois sont répartis dans l’enseignement (50), au bureau du conseil de bande (40), aux services de santé (30), à l’entretien des bâtiments et à la rénovation (20), au commerce, aux routes, à l’électricité et aux technologies de l’information (20) et au projet Whitefeather Forest (10). En tout, 542 chefs de famille y vivent de l’aide sociale. « Presque toutes les ressources financières de la bande proviennent du gouvernement fédéral3 ». [traduction]

Pikangikum est une collectivité des Premières nations pauvre et isolée, où les biens de première nécessité sont absents. En effet, la plupart des résidents n’ont pas l’eau courante ni de plomberie. La pauvreté, les logements de qualité inférieure surpeuplés, les emplois rémunérés, la sécurité alimentaire et l’approvisionnement en eau sont des défis quotidiens. L’absence d’un système intégré de soins de santé, la piètre qualité de l’éducation par rapport aux normes provinciales et la quasi-inexistence d’infrastructures, s’ajoutent à la toile de fond de colonialisme, de racisme, de manque d’autodétermination et d’exclusion sociale découlant de l’état critique dans lequel se trouvent les Premières nations depuis longtemps, notamment en raison des effets des pensionnats. Tous ces éléments alimentent la perturbation des jeunes, qui semblent exister dans un état dysphorique, pris au piège entre les traditions et la culture des Premières nations leur venant de leurs ancêtres, et la société contemporaine, pour laquelle ils sont mal outillés.

« De nombreux jeunes de la Nishnawbe Aski Nation ont du mal à savoir qui ils sont et à se sentir à leur place. Ils sont témoins de modes de vie fastueux dans les médias, dans les écoles secondaires urbaines qu’ils fréquentent et dans les grands centres qu’ils visitent, mais la réalité des conditions de vie des familles et des collectivités n’est que pauvreté extrême. On les appelle " Indiens", mais ils savent qu’ils ne sont pas " Indiens." Ils sont conscients du rôle essentiel que la terre et ses ressources devraient jouer dans leur vie, mais rien dans le système d’éducation ou les médias ne les aide en ce sens. Ils se demandent qui ils sont ou pourquoi ils existent. Il ne faut pas non plus oublier la violence physique, psychologique et sexuelle devenue intergénérationnelle en raison du triste legs des pensionnats et de la perte d’identité. Il n’est donc pas étonnant que certains jeunes décident qu’il est plus facile de quitter ce monde que d’y vivre. Le suicide devient une solution viable lorsqu’il ne semble plus y avoir d’espoir de trouver de l’aide ou de sortir d’un cycle sans fin de pauvreté et d’abus sur le plan social, racial, physique et sexuel.4 » [traduction]

Une analyse de l’environnement de la Première nation est bien décrite par le rapport du North-South Partnership for Children. On y explique que ce qui suit : « La collectivité souffre de lacunes importantes sur le plan social, de la santé, des infrastructures, de l’économie, de la capacité et de la gouvernance. Ces lacunes ne sont pas négligeables. Elles sont étroitement liées et s’additionnent, et il n’y a pas de solution miracle.5 » [traduction]

Première nation de Pikangikum : Examen des décès des enfants

Des caractéristiques et des détails frappants sont ressortis de l’examen :

  • Les suicides étaient le plus souvent rapprochés.
  • Les enfants qui se sont suicidés étaient très jeunes : nombre d’entre eux avaient moins de 15 ans.
  • Les décès sont tous attribuables à la pendaison.
  • Aucun des enfants n’avait demandé l’aide d’un professionnel formé dans le mois précédant son décès.
  • Beaucoup de ces jeunes avaient des antécédents de problèmes de santé mentale.
  • Presque tous les enfants avaient des problèmes d’abus de solvants.
  • Plus de la moitié des enfants avaient déjà vécu des suicides dans leur famille, y compris celui d’un parent ou d’un frère ou d’une sœur.
  • La participation et la fréquentation scolaires de ces enfants semblaient être très limitées.
  • La violence familiale était fréquente dans les familles des enfants.
  • La toxicomanie était fréquente chez leurs parents.
  • Les enfants étaient souvent victimes de violence ou commettaient eux-mêmes des actes de violence sur d’autres personnes.

Le problème le plus inquiétant est celui de l’abus de solvants. À Pikangikum, 27 % des filles de 3e et 4e année ont récemment déclaré avoir déjà essayé d’inhaler des solvants. Bien que les chiffres exacts soient inconnus, on estime que 300 des 2 400 résidents ont des problèmes d’abus de solvants.

Première nation de Pikangikum : Soins de santé

Dans la réserve, les services de soins de santé sont offerts aux Premières nations par de nombreux fournisseurs, à l’échelle du pays et de la province, dans de multiples champs de compétence. Par exemple, AMDOCS met différents médecins à la disposition du poste de soins infirmiers de Pikangikum, bien qu’on tente d’y assurer une certaine continuité. Lorsqu’un patient est envoyé à l’extérieur de la collectivité, un autre médecin, généralement inconnu du patient, lui prodiguera des soins à l’hôpital, souvent celui de Sioux Lookout. Il n’y a aucune gestion de cas. Il n’existe pas de dossier électronique qui puisse être facilement transféré d’un fournisseur de soins de santé à l’autre dans le cercle de soins.

Les soins de santé sont fournis dans le cadre d’un système fragmenté, chaotique et non coordonné. Par ailleurs, les lacunes dans les services sont manifestes, et il manque parfois de gens qualifiés pour offrir ces services. C’est sans doute à Pikangikum que les problèmes de santé mentale et de toxicomanie sont les plus criants dans la province. La Pikangikum Health Authority a préparé un modèle qui vise l’intégration de services par l’intermédiaire du Pikangikum Social Health, Education and Elders (SHEE) Committee. Les efforts déployés par la Health Authority à l’intégration des services offrent une perspective encourageante.

Toutefois, plusieurs thèmes importants ressortent :

1. Il existe des questions de compétence entre les fournisseurs fédéraux et provinciaux, lesquelles peuvent avoir une incidence sur la prestation de services.

2. L’accès aux programmes et services nécessaires peut être difficile dans cette collectivité des Premières nations isolée.

3. Même si un service est offert dans la collectivité, les avantages qu’en retirent les clients ou les patients peuvent être minimes ou carrément inexistants (voir les programmes d’abus de solvants et du PNLAADA, page 57).

4. Les jeunes de cette collectivité des Premières nations éprouvent des problèmes particuliers de santé mentale et de toxicomanie.

5. Les services travaillent selon ce qu’on pourrait appeler une structure cloisonnée, avec une intégration et une coordination déficientes.

Première nation de Pikangikum : Éducation

L’école de Pikangikum a été détruite dans un incendie en 2007 et n’a toujours pas été reconstruite. Plusieurs suicides rapprochés ont eu lieu peu après la destruction de l’école. La collectivité a besoin d’une école qui offre toutes les possibilités d’une installation complètement fonctionnelle. Le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (AINC) s’est engagé à construire une nouvelle école.

L’absentéisme demeure un problème important dans la collectivité. Actuellement, 520 enfants sont inscrits pour l’année 2010-2011, et de 300 à 500 autres enfants d’âge scolaire pourraient possiblement fréquenter l’école. Toutefois, le nombre exact est inconnu. Les enfants qui ne fréquentent pas l’école deviendront de plus en plus isolés des autres résidents de Pikangikum, et le manque de programmes et d’activités saines pourrait les faire sombrer dans l’abus de solvants. Comme l’ont fait remarquer les leaders des Premières nations, il est essentiel que les enfants obtiennent une éducation pour avoir des compétences intéressantes et, du même coup, de l’espoir pour l’avenir. Pour ce faire, ils doivent donc fréquenter l’école. La Première nation de Pikangikum doit vraiment décider du rôle que leur école doit jouer dans la vie de ses enfants.

Chaque année, seulement 8 ou 9 jeunes obtiennent un diplôme d’études secondaires à Pikangikum. Ces jeunes sont très mal outillés pour la poursuite d’études postsecondaires. D’ailleurs, aucun des jeunes ayant obtenu un diplôme en 2009 n’a ensuite tenté de poursuivre d’études au niveau collégial ou universitaire. Les enfants ayant démontré des aptitudes académiques avaient auparavant la chance de recevoir une éducation secondaire à une école secondaire des Premières nations située à Pelican Falls. Ces enfants sont reconnus comme étant intelligents et motivés, et pourraient avoir la capacité d’obtenir une éducation collégiale ou universitaire en ayant une éducation secondaire de qualité. À l’heure actuelle, la seule option qui s’offre à eux est d’obtenir leur éducation à Pikangikum. Le Bureau du coroner en chef a appris que le privilège de fréquenter une école secondaire des Premières nations avancée a récemment été révoqué par le Conseil de l’éducation des Nishnawbe du Nord. Si possible, ce privilège devrait de nouveau être accordé. Pikangikum a besoin que ses enfants et ses futurs leaders aient les meilleures occasions possible en matière d’éducation secondaire.

Les écarts en matière de financement qui existent entre les dépenses par élève du gouvernement fédéral et de la province de l’Ontario ont pour conséquence de désavantager de façon importante les enfants des Premières nations qui reçoivent leur éducation dans des réserves, alors que ce sont eux qui ont les besoins les plus grands dans toute la province. Cette question doit être abordée. Le ministère de l’Éducation de l’Ontario possède de véritables compétences en termes de programmes d’enseignement. Les obligations constitutionnelles et issues des traités qui se sont traduites en des responsabilités fiduciaires du gouvernement d’offrir de l’éducation aux Premières nations dans les réserves ne devraient pas être abandonnées. Toutefois, il faudrait sérieusement envisager d’accroître et d’utiliser l’expertise de la province en matière de programmes d’enseignement, ce qui pourrait inclure une entente tripartite entre la province, le gouvernement fédéral et les Premières nations, ou alors le transfert complet de cette responsabilité du fédéral au provincial avec l’octroi de financement par le gouvernement fédéral.

La création d’un conseil scolaire des Premières nations pour le Nord qui serait géré et exploité par les Premières nations pour leurs propres enfants devrait être envisagée. Ce conseil scolaire aurait la capacité de créer ses propres occasions pour améliorer le rendement des élèves, de fournir des modèles en matière de gestion efficace des ressources, et de fournir de l’éducation sur mesure aux Premières nations qui respecte leur culture et leurs traditions.

La Pikangikum Education Authority devrait créer des possibilités en matière de santé pour les jeunes filles et leurs enfants, comme une garderie où on pourrait prendre soin des enfants des adolescentes pour permettre à ces dernières de continuer d’aller à l’école. Un programme d’apprentissage des jeunes enfants à temps plein serait très bénéfique à la collectivité, compte tenu du nombre élevé de naissances recensé chaque année et du fait que les jeunes qui obtiennent un diplôme de l’école de Pikangikum ont un retard de trois ans sur les autres élèves de l’Ontario.

Première nation de Pikangikum : Services policiers

Depuis longtemps, la Police provinciale de l’Ontario offre des services de maintien de l’ordre à Pikangikum et épaule les agents qui y travaillent. Les services policiers de Pikangikum sont actuellement régis par l’Entente sur les services policiers des Premières nations de l’Ontario et assurés par des agents des Premières nations employés par la collectivité et soutenus par la Police provinciale de l’Ontario. Pikangikum est la collectivité des Premières nations où il y a le plus d’agitation en Ontario, avec environ :

• 4 700 appels de service en 2009;

• 3 000 incarcérations par année (il n’est pas rare qu’il y ait jusqu’à 60 personnes en cellules en même temps).

Pikangikum emploie sept agents des Premières nations en vertu de l’Entente sur les services policiers des Premières nations de l’Ontario, et un agent supplémentaire grâce au Fonds de recrutement de policiers, un fonds d’une durée de cinq ans. La collectivité parvient rarement à conserver ses effectifs complets d’agents des Premières nations, et même si le niveau de dotation désigné pouvait être maintenu, la collectivité manquerait cruellement d’agents de police, compte tenu du nombre élevé d’appels de service.

La collectivité veut que les postes d’agents des Premières nations soient occupés par des candidats qualifiés, ce que soutient la Police provinciale de l’Ontario. Le recrutement et le maintien en poste des agents des Premières nations sont difficiles en raison des défis importants que représente cet emploi : charge de travail importante, éloignement, logement, pénurie de locaux, stress inhérent au fait de devoir faire régner l’ordre chez ses voisins et parfois même chez les membres de sa famille.

Le taux de criminalité à Pikangikum est élevé comparativement à celui des autres collectivités des Premières nations. La présence d’agents de la Police provinciale de l’Ontario crée toutefois un effet stabilisateur, mais la diminution de leur capacité d’intervention pourrait avoir pour effet d’empirer la situation déjà chaotique et de mettre en danger les personnes vulnérables, comme les enfants, les jeunes et les aînés. La police doit pouvoir exercer son savoir-faire en matière de maintien de l’ordre sans avoir à subir d’ingérence politique de la part de la Première nation de Pikangikum.

Première nation de Pikangikum : Services de bien-être de l’enfance

Les services provinciaux de bien-être de l’enfance ont été étendus aux réserves indiennes à la suite de modifications importantes apportées à la Loi sur les Indiens en 1951. Ces modifications comprenaient un nouvel article (maintenant l’article 88) qui prévoyait l’application des lois provinciales de nature générale aux « Indiens dans les réserves ». Cette modification a permis aux sociétés d’aide à l’enfance (SAE) de retirer des enfants des réserves indiennes. À la suite de ce changement, des nombres excessivement élevés d’enfants autochtones ont été pris en charge par les SAE. Bon nombre de ces enfants ont finalement été donnés en adoption à des familles non-autochtones partout dans le monde. C’est ce qu’on appelle la « rafle des années soixante », bien qu’elle ait eu lieu de 1951 à 1980, environ. Par exemple, en 1980, il y avait un peu plus de mille enfants autochtones pris en charge par les SAE, dont plus de la moitié par la Kenora-Patricia Children’s Aid Society.6

Les leaders autochtones ont jugé qu’il était important de mettre un frein à ce processus et de s’occuper eux-mêmes du bien-être des enfants. Ils voulaient stopper la perte d’enfants et la destruction des familles, du tissu social des collectivités et de la culture qu’entraînait ce processus. En 1981, les Chiefs of Ontario ont adopté une résolution qui visait à dénoncer ces lois et à réclamer des moyens pour que les collectivités autochtones puissent s’occuper de leurs propres enfants. En 1984, la Loi sur les services à l’enfance et à la famille a été modifiée, et la nouvelle Partie X de la loi permettait la création d’autorités et de sociétés d’aide à l’enfance des Premières nations. Peu de temps après, plusieurs groupes constitués en personne morale ont été reconnus en vertu de la Partie X en tant qu’« autorités d’aide à l’enfance », et ensuite en tant que sociétés.

Lorsque les parents boivent, ils abandonnent et négligent parfois leurs enfants et peuvent même les maltraiter. Lorsque cela se produit, le personnel des SAE intervient pour prendre soin de ces enfants. Par conséquent, le nombre d’enfants autochtones pris en charge est beaucoup plus élevé dans le Nord qu’ailleurs dans la province. D’ailleurs, il y a un nombre disproportionné d’enfants autochtones pris en charge partout en Ontario. En effet, 17 % de tous les enfants pris en charge dans la province sont d’origine autochtone. Le taux d’enfants autochtones pris en charge par 100 000 est de 2 875, tandis que ce taux s’établit à 640 pour tous les enfants en Ontario. Le taux d’enfants autochtones pris en charge est donc environ 4,5 fois plus élevé que le taux provincial.

Les Tikinagan Child and Family Services sont une société d’aide à l’enfance des Premières nations qui doivent offrir des services à des clients extrêmement exigeants à Pikangikum. Les clients eux-mêmes n’ont souvent même pas les commodités nécessaires, comme un logement adéquat, l’eau courante et des sources de nourriture sécuritaires et abordables. Et c’est sans compter la complexité que suppose l’offre de services de bien-être de l’enfance à des clients qui ne parlent pas toujours anglais, dans une collectivité seulement accessible en avion ou par route d’hiver. Les Tikinagan Child and Family Services éprouvent beaucoup de difficulté à trouver et à conserver des employés formés adéquatement. Les ressources, tant humaines que financières, sont toujours source de tension. Le ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse devrait faire en sorte que les sociétés d’aide à l’enfance qui offrent des services aux collectivités des Premières nations disposent d’un financement adéquat pour offrir un service qui satisfait aux normes provinciales, ou sinon qui se rapproche le plus possible du niveau de service offert dans d’autres administrations en Ontario.

Les Tikinagan Child and Family Services sont l’un des seuls fournisseurs de services disponibles dans la collectivité. Ils se trouvent dans une position peu enviable, soit celle d’essayer d’atténuer une série de grandes difficultés, comme la violence familiale, la criminalité, la toxicomanie chez les parents ou les jeunes ayant des idées suicidaires qui abusent de solvants, tout en disposant de ressources communautaires et d’appuis limités ou carrément inexistants. Ils sont devenus le fournisseur par défaut de nombreux services inexistants, qui sont facilement accessibles dans le Sud de l’Ontario.

Il y a actuellement environ 200 dossiers ouverts et 80 enfants pris en charge à Pikangikum, une collectivité de 2 400 résidents. La pénurie de logements adéquats et le surpeuplement ont engendré une situation qui fait que les enfants pris en charge doivent être envoyés à l’extérieur de la collectivité, dans des familles d’accueil éloignées. Ceci est une source continue de tensions entre la Première nation, le chef, le conseil et la société.

Première nation de Pikangikum : Déterminants sociaux de la santé

Les déterminants sociaux de la santé sont les conditions économiques et sociales dans lesquelles vivent les gens et qui ont une incidence sur leur santé. Une vision autochtone contemporaine des déterminants sociaux de la santé tient compte des éléments suivants :

• Les déterminants proximaux de la santé comprennent les comportements en matière de santé, l’environnement physique, l’emploi et le revenu, l’éducation et la sécurité alimentaire.

• Les déterminants intermédiaires de la santé comprennent les systèmes de soins de santé, les systèmes d’éducation, les infrastructures, les ressources et les capacités communautaires, la gestion de l’environnement et la continuité culturelle.

• Les déterminants distaux de la santé comprennent le colonialisme, le racisme et l’exclusion sociale, et l’autodétermination.

Les objectifs tangibles et facilement accessibles comprendraient des commodités aussi rudimentaires que l’eau courante, fraîche et sécuritaire, à la maison, et le raccordement à un système d’égouts sécuritaire et au réseau électrique. Ces améliorations résoudraient des problèmes comme l’absence d’eau dans les résidences, l’utilisation de latrines et la dépendance à des génératrices au diesel. Toutefois, le déterminant social le plus important est l’éducation. Pour améliorer la santé physique et mentale des jeunes et réduire le taux de suicide à Pikangikum, il faut impérativement améliorer son système d’éducation. Un grand nombre d’enfants ne vont pas à l’école, et plusieurs d’entre eux inhalent des solvants. Ceux qui vont à l’école ne reçoivent pas une éducation de qualité qui les préparerait au monde extérieur à Pikangikum. Presque aucun de ces enfants ne souhaite poursuivre d’études postsecondaires.

La Whitefeather Forest Management Corporation est la propriété de Pikangikum et a travaillé en étroite collaboration avec le ministère des Richesses naturelles (MRN) de l’Ontario afin de répondre aux exigences lui permettant d’obtenir un permis d’aménagement forestier durable (PAFD). L’attribution d’un PAFD conditionnel fondé sur le travail réalisé jusqu’à présent comprenait la couverture de l’évaluation environnementale concernant les activités de gestion forestière. Il ne reste plus qu’à élaborer le plan de gestion forestière, ce qui devrait être terminé au début de 2012.

Une fois que le plan d'aménagement forestier sera terminé (au printemps 2012 selon nos estimations), Pikangikum aura le plein contrôle de la gestion d’environ 1,3 million d’hectares de terres de la Couronne (des terres traditionnelles du peuple de Pikangikum connues sous le nom de Whitefeather Forest) et l’autorisation de commencer à exploiter la forêt à des fins commerciales. On estime qu’environ 350 emplois permanents seront ainsi créés, tant dans l'exploitation de la forêt que dans les scieries et les usines qui confectionneront des produits à valeur ajoutée.

Afin de permettre aux jeunes de sa collectivité de saisir les occasions d’emploi dans le cadre de la Whitefeather Forest Initiative, Pikangikum s’est engagée à soutenir l'acquisition de LKGH, entreprise d’exploitation forestière. Cela permettra d’offrir immédiatement des occasions d’emploi dans la forêt adjacente au territoire concerné par la Whitefeather Forest Initiative. En plus de permettre l’acquisition d’une récolte annuelle de bois, l’achat concerne aussi de l’équipement servant à la récolte de bois et un crédit-bail immobilier sur la scierie de LKGH à Red Lake.

Les jeunes de Pikangikum ont besoin d’espoir et d’un avenir prometteur. La santé est intimement liée à la prospérité économique. Si elle fonctionne, la Whitefeather Forest Initiative a le potentiel de transformer l’avenir des jeunes et des générations futures de Pikangikum. La création d’emplois intéressants pour les jeunes et la collectivité de Pikangikum est essentielle au soutien de nombreuses recommandations portant sur la santé qui ont pour objectif de prévenir le suicide chez les jeunes.

Pikangikum doit veiller à l’éducation d’une grande partie de ses enfants et jeunes afin de les préparer adéquatement au monde extérieur et à mener Pikangikum vers un futur plus prometteur. Quand le niveau d’éducation augmente, le niveau de revenu et la santé s’améliorent. L’éducation permet d’acquérir les capacités et les outils pour surmonter les facteurs de stress de la vie. Elle contribuera à la santé et à la prospérité des gens de Pikangikum en leur donnant les connaissances et les aptitudes pour contrôler leurs conditions de vie et trouver des solutions à leurs problèmes. Ainsi, l’inconcevable privation à laquelle ils font face en raison de la pauvreté, du manque d’eau courante, de la surpopulation de logements inadéquats, de l’absence de système d’égout et du suicide des jeunes de leur collectivité finira par se dissiper.

Rapport de l’intervenant en faveur des enfants et des jeunes : Résumé

Aperçu : Bureau de l'intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes

Le Bureau de l'intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes est une commission indépendante de l’Assemblée législative de l’Ontario établie selon la Loi de 2007 sur l’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes. Le mandat du Bureau, décrit dans les premiers paragraphes de la loi7, est le suivant :

• donner une voix indépendante aux enfants et aux jeunes, y compris les enfants et les jeunes des Premières nations et les enfants ayant des besoins particuliers;

• encourager la communication et la compréhension entre les enfants et les familles et ceux qui leur fournissent des services;

• éduquer les enfants, les jeunes et les personnes qui leur fournissent des soins en ce qui concerne les droits des enfants et des jeunes.

Le Bureau offre des services de soutien aux enfants et aux jeunes, en plus de défendre leurs intérêts au sein du système en veillant à l’amélioration de la prestation des services et soutiens aux enfants et jeunes de l’Ontario. Dans le cadre de ses fonctions, le Bureau effectue la révision des programmes faisant partie de son mandat ou prépare des rapports (ou participe à la création de ceux-ci) destinés aux gouvernements ou au public.

Au printemps de 2010, le Bureau de l’intervenant provincial a été mandaté par le coroner en chef adjoint, investigations du Bureau du coroner en chef de préparer un rapport sur les effets dévastateurs du suicide au sein d’une des collectivités des Premières nations de l’Ontario établies sur une réserve. On espérait qu’un tel rapport rédigé par le Bureau de l'intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes donnerait une voix aux jeunes des Premières nations, ce qui mènerait à un examen des conditions qui influencent directement leurs vies.

Cette demande a été faite au moment où le Bureau était en train de réaliser deux importantes initiatives. La première était les discussions du Bureau entreprises avec les Chiefs of Ontario et la Nishnawbe Aski Nation ainsi que les rencontres avec des intervenants de réserves éloignées et accessibles par voie des airs du Nord de l’Ontario. La seconde était la participation du Bureau à la rédaction de l’énoncé de position du Conseil canadien des organismes provinciaux de défense des droits des enfants et des jeunes intitulé « Les enfants et les jeunes Autochtones au Canada : le Canada doit mieux faire ».8

La décision de préparer ce rapport dépendait de la garantie que le Bureau garderait son indépendance complète durant l’exercice et que les points de vue des jeunes seraient traités équitablement dans le cadre de l’examen global des suicides des jeunes des Premières nations de l’une des collectivités. Au bout du compte, le choix de participer à ce projet a été fait, car nous estimons que l’inclusion des points de vue des jeunes des Premières nations est d’une importance critique lorsque vient le temps de chercher des solutions à une grande variété de problèmes ayant un effet direct sur leurs vies, problèmes qui peuvent pousser certains de ces jeunes à mettre fin à leurs jours.

Dans la mesure du possible, des citations directes ont été incluses dans le rapport afin d’accentuer et de renforcer l’aspect émotionnel et de mieux illustrer le réel engagement à changer les choses que les jeunes communiquent lorsqu’ils parlent de leurs conditions de vie.

Principales recommandations du rapport

Les intervenants de la Première nation de Pikangikum ont attentivement lu le rapport. Leurs commentaires sont présentés dans une lettre envoyée au Bureau du coroner en chef, jointe à l’Annexe 5, ainsi que tout au long du présent rapport. Ils ont dégagé sept priorités concernant la mise en œuvre des recommandations du présent rapport. Les voici :

  1. INAC doit respecter son engagement à construire une nouvelle école à Pikangikum dans les plus brefs délais. Cette école doit :

• accueillir les enfants actuellement d’âge scolaire et les enfants qui s’inscriront dans le futur;

• comprendre des terrains de jeu ainsi que des terrains de soccer, de base-ball et de basket-ball;

• comprendre un auditorium, où la collectivité pourra se réunir pour divers événements traditionnels et culturels;

• comprendre une garderie.

  1. INAC devrait participer à l’étude stratégique portant sur l'hébergement (voir la recommandation 89) et prévoir la construction et la rénovation d’un nombre suffisant de logements pour répondre aux besoins criants en matière d’hébergement et régler le problème de surpopulation qui existe au sein de la Première nation de Pikangikum. Le Chef et le Conseil estiment qu’il faudrait 50 nouvelles maisons pour redresser la situation.
  2. INAC et la Pikangikum Housing Authority doivent veiller à ce que les maisons construites dans le futur soient dotées d'un système de plomberie et raccordées à un étang de stabilisation. Par ailleurs, la Pikangikum Housing Authority doit déterminer quelles maisons peuvent être rénovées pour recevoir un système de plomberie et être raccordées à un étang de stabilisation. INAC devrait fournir le financement nécessaire à la rénovation des maisons qui répondent à ces critères.
  3. Affaires autochtones et Développement du Nord Canada (INAC) et la Première nation de Pikangikum devraient mener à terme leur projet de raccorder la collectivité au réseau électrique. Le financement de ce projet devrait être fourni par INAC.
  4. Le gouvernement du Canada et Affaires autochtones et Développement du Nord Canada devraient soutenir le projet d’aménagement forestier Whitefeather Forest Initiative de la Première nation de Pikangikum.
  5. La Première nation de Pikangikum devrait ouvrir un centre de soins communautaire avec l’aide financière de la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuit de Santé Canada. Ce centre pourrait réunir sous un même toit plusieurs fournisseurs de soins de santé, dont les Tikinagan Child and Family Services, les intervenants en santé mentale de la collectivité, des travailleurs du PNLAADA et des intervenants en matière d’abus de solvants. Les enfants appréhendés par la police pour intoxication aux solvants ne passeraient pas la nuit dans une cellule au poste de police, mais seraient amenés dans un environnement sécuritaire au centre, sous la surveillance de gardiens, jusqu’à ce que les effets du solvant se dissipent. La postintervention approfondie dans le cadre du programme de lutte contre l'abus de solvants pourrait être effectuée à cet endroit.
  6. La Pikangikum Housing Authority devrait établir clairement ses besoins futurs en matière de terres à la suite de son étude (voir recommandation 89) et, avec l’aide d’Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, réserver des terres pour soutenir la croissance de la population de Pikangikum.

La Première nation de Pikangikum a recommandé que le Social Health, Education and Elders (SHEE) Committee veille à la mise en œuvre du reste des recommandations relatives aux recommandations 1 à 100 et qu’une rencontre semestrielle ait lieu entre le Bureau du coroner en chef, la Première nation de Pikangikum, la province de l’Ontario et le gouvernement du Canada.

En plus des recommandations formulées par la Première nation, le Bureau du coroner en chef a établi les recommandations suivantes, qu’il considère essentielles :

  1. La Pikangikum Health Authority devrait mettre sur pied un programme complet de soins de santé mentale et de lutte contre les dépendances à l’intention des enfants, des jeunes et des adultes. Ce programme devrait contenir ce qui suit :

• Un programme communautaire de prévention du suicide.

• Des plans pour contrer les crises actuelles en matière d’abus de solvants et d’alcool.

• Un plan veillant à l’intégration des services en santé mentale, incluant des modèles comprenant des pratiques traditionnelles définies par la Première nation de Pikangikum.

  1. INAC et la Première nation de Pikangikum devraient revoir le fonctionnement du système de traitement de l’eau et définir s’il faut le mettre à niveau pour faire en sorte que Pikangikum ait accès à une eau potable saine, maintenant et dans le futur. Le financement des améliorations potentielles au système de traitement de l’eau devrait être fourni par INAC.
  2. INAC et la Première nation de Pikangikum devraient revoir le fonctionnement du système d’égout et définir s’il faut le mettre à niveau pour faire en sorte que Pikangikum dispose d’un système d’égout sécuritaire et sain dans le futur et qui ne compromettra pas l’approvisionnement en eau potable de la collectivité. Le financement des améliorations potentielles au système d’égout devrait être fourni par INAC.
  3. Le gouvernement du Canada et Affaires autochtones et Développement du Nord Canada devraient définir une stratégie de lutte contre la pauvreté chez les peuples autochtones axée principalement sur les peuples vivant dans des réserves éloignées et isolées comme Pikangikum. Cette stratégie pourrait s’inspirer des stratégies provinciales comme la Loi de 2009 sur la réduction de la pauvreté de l’Ontario ou la stratégie de réduction de la pauvreté de la Nouvelle-Écosse.

12. Un comité nommé Comité directeur de Pikangikum devrait être mis sur pied.

  • Les coprésidents du comité devraient être issus d’un ministère provincial et de la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuit de Santé Canada.
  • La province de l’Ontario devrait nommer des représentants interministériels (sous-ministres adjoints) issus des ministères de la Santé et des Soins de longue durée, des Affaires autochtones, des Services à l'enfance et à la jeunesse, de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels, de la Promotion de la santé et du Sport et de l’Éducation.
  • La Première nation de Pikangikum devrait être représentée au sein de ce comité par le chef, le sous-chef, un jeune leader et un aîné.
  • Les représentants du gouvernement fédéral siégeant au comité devraient inclure des intervenants d’Affaires autochtones et Développement du Nord Canada et de la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuit de Santé Canada.
  • Les membres invités pourraient inclure des représentants du Réseau local d'intégration des services de santé du Nord-Ouest, de la Sioux Lookout and First Nations Health Authority, de la Nishnawbe Aski Nation, du Sioux Lookout Meno-Ya-Win Health Centre, des Nodin Child and Family Intervention Services, des Tikinagan Child and Family Services, de la Police provinciale de l’Ontario, du Programme ontarien de télépsychiatrie pour les enfants et les jeunes ainsi qu’un psychiatre pour enfants et adolescents fournissant des services dans le Nord-Ouest de l’Ontario.
  • L’objectif du Comité directeur de Pikangikum serait de veiller à la réalisation des recommandations formulées dans le présent rapport.

Résumé

Le taux de suicide des enfants et des jeunes de Pikangikum est alarmant depuis plusieurs années. Cet examen des décès se concentrait sur 16 décès survenus entre 2006 et 2008. Les thèmes ressortis de l’examen des circonstances des décès et des vies de ces jeunes ne sont pas l’abdication face à la mort, mais plutôt l’endurance, la tolérance et la résilience au-delà des limites humaines, jusqu’à ce que ces jeunes n’en puissent plus.

Cet examen, qui a tenu lieu d’enquête, visait à examiner les décès de ces jeunes et les facteurs sociaux qui y ont contribué. La santé mentale et le bien-être de ces enfants et de ces jeunes est une réaction complexe et intégrée faisant intervenir plusieurs facteurs, comme les déterminants sociaux de la santé, qui sont entre autres la pauvreté dans laquelle ils vivent et les carences dont ils souffrent.

Le présent rapport livre une série de recommandations pratiques et le Bureau du coroner en chef croit fermement que le respect des recommandations systémiques et relatives à la prestation des soins de santé établies dans ce rapport pourrait permettre de prévenir le suicide chez les jeunes des Premières nations, tant à Pikangikum que dans d’autres collectivités aux prises avec l’augmentation des comportements suicidaires et parasuicidaires de leurs jeunes.

La véritable tragédie que représente le décès de ces enfants et de ces jeunes est un défi universel. Pour s’attaquer à ces décès de façon significative, il faut faire participer toutes les parties concernées à l’échelle de la collectivité, de la région, de la province et du pays, tant pour les Canadiens membres des Premières nations que pour les autres Canadiens.

« Mais nous savons également que la santé de toute société ou collectivité dépend d’une série de processus essentiels qui permettent aux individus de grandir, de découvrir leur identité et d’apprendre les compétences et les façons de connaître leur peuple. Lorsque ces processus sont perturbés ou absents, les jeunes de la collectivité sont non seulement très vulnérables aux pressions négatives de l’extérieur, mais peuvent également devenir si abattus qu’ils meurent, d’une certaine façon "Où il n’y a pas de vision, le peuple périt." (Proverbes 29 :18) 9 » [traduction]

1 Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones (1996), Volume 4 - Perspectives et réalités, Chapitre 4, La quête d’appartenance des jeunes. http://www.ainc-inac.gc.ca.

2 North South Partnership for Children and the Pikangikum Community Members Participatory Assessment of Pikangikum, février 2008, p. 12.

3 Ibid., p. 14.

4 Horizons of Hope: An Empowering Journey. Youth Forum, Final Report, Nishnawbe-Aski Nation Youth Forum on Suicide, 1996, p. viii-ix.

5 Ibid., p. 14.

6 Maurice Brubacher, Coming Home: The Story of Tikinagan Child and Family Services. Sioux Lookout, Tikinagan Child and Family Services, 2006.

7 Loi de 2007 sur l’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes, L.O. 2007, chapitre 9

http://www.e-laws.gov.on.ca/html/statutes/french/elaws_statutes_07p09_f.htm

8 Canada, Conseil canadien des organismes provinciaux de défense des droits des enfants et des jeunes, Les enfants et les jeunes Autochtones au Canada : le Canada doit mieux faire (2010) http://provincialadvocate.on.ca/documents/fr/Position%20Paper_F.pdf

9 Shkilnyk, Anastasia M. « A Poison Stronger Than Love, The Destruction of Ojibwa Community ». Yale University Press, New Haven, 1985, p. 231.